Rosa Bonheur : peintre, émancipée... Une artiste féministe de son temps

Rosa Bonheur : peintre, émancipée... Une artiste féministe de son temps A l'occasion du bicentenaire de la mort de l'artiste Rosa Bonheur, Google rend hommage à une femme talentueuse et émancipée. Artiste puissante et indépendante, considérée comme une pionnière du féminisme, elle mérite de revenir sur le devant de la scène, même 200 ans plus tard.

[Mis à jour le 16 mars à 15h36] 200 ans plus tôt, le 16 mars 1822, naissait à Bordeaux Rosa Bonheur, une artiste majeure de la fin du 19ème siècle. Si elle a marqué son époque à bien des égards, elle s'est presque évaporée dans le temps et est rarement mentionnée dans les cours d'histoire de l'art. Au 21ème siècle, nous ignorons tout de sa vie et de son œuvre. En l'affichant en 1e page, Google a voulu nous faire découvrir cette femme talentueuse. Considérée comme l'une des figures phares de la peinture animalière, elle a été une source d'inspiration pour les artistes, mais surtout pour les femmes, à qui elle montrait la voie vers l'indépendance. Pour son talent, elle mérite un peu de lumière, surtout pour son bicentenaire.

L'ascension rapide vers la célébrité

Née dans une famille d'artistes et formée par un père peintre de portraits et de paysages et ami de l'illustre Francisco Goya, elle baigne très tôt dans le milieu artistique. Le soutien de sa famille, qui l'encourageait à poursuivre dans la voie de son choix, a beaucoup joué dans son désir d'indépendance. En 1849, sa carrière débute lorsqu'elle reçoit une commande de l'Etat pour un tableau : elle choisira de confectionner le "Labourage nivernais", qui sera exposé au musée du Luxembourg alors qu'elle n'a que 27 ans. Cette même année, elle perd son père. En deuil, elle va cependant le remplacer directement à la direction de l'Ecole impériale gratuite de dessin pour demoiselles, un poste qui lui permet de former de jeunes filles à la peinture jusqu'en 1860. Dès 1853, à tout juste 30 ans, elle est présentée au Salon des Beaux-Arts pour sa fresque Le Marché aux chevaux. Alors que cette réunion artistique a été marquée par de grandes divergences entre les gouts et les critiques des romantiques et des classiques, Rosa Bonheur parvient à faire l'unanimité. Un collectionneur américain va même faire l'acquisition du tableau, que l'on peut aujourd'hui retrouver au Metropolitan Museum de New-York. Sa célébrité débute alors et ses œuvres s'exportent beaucoup aux Etats-Unis. En 1894, sous la IIIe République française, elle va devenir la 1e femme à obtenir le rang d'officier de la Légion d'honneur. Il lui est remis par l'impératrice Eugénie qui, pour l'occasion, se rend chez Rosa Bonheur, dans son château en Seine-et-Marne : à noter que c'est cette demeure qu'Emmanuel Macron avait été choisie pour lancer les journées du Patrimoine en 2018. L'impératrice, en la décorant, aurait dit : "Vous voilà chevalier, je suis heureuse d'être la marraine de la première femme artiste qui reçoive cette haute distinction " (selon le site officiel de la Légion d'honneur). Qu'est-ce qui fait la particularité de cette artiste ?

Les œuvres de Rosa Bonheur, femme prônant l'indépendance  

Rosa Bonheur était spécialiste de la représentation des animaux, qu'elle prenait soin de toujours mettre au 1er plan dans ses peintures. Débutant avec des croquis de paysages que lui inspirent ses voyages dans le Cantal, elle va rapidement oser travailler sur de plus grandes dimensions. Elle s'attèle également à la sculpture et à toutes sortes de travaux manuels. Mais c'est avant tout par la peinture qu'elle s'exprime en transmettant sa croyance en l'âme animalière par un habile maniement de l'observation directe. Ses œuvres se sont démarquées pour leur justesse et leur réalisme, la peintre ayant pour première ambition de retranscrire la vie rurale dans toute sa simplicité. Se différencier, elle a également su le faire avec son mode de vie, friande d'indépendance et d'une vie en solitaire à consacrer à son art. De fait, elle fut très marquée par l'abandon de son père qui a fui sa femme et ses quatre enfants pour rejoindre le couvent des saint-simoniens à Ménilmontant, laissant sa mère dans la misère et le désarroi. En voyant sa mère décédé prématurément à 36 ans, elle comprend combien il peut être dangereux de dépendre d'un homme à son époque. Ce choc est ce qui l'a convaincue de ne jamais se marier, comme l'explique Marie Borin, autrice d'une biographie sur Rosa Bonheur, rapporte FranceCulture. Ainsi, si le 19ème siècle fut un siècle "compliqué pour les femmes et les femmes artistes ", " Rosa Bonheur s'est détachée du lot par son talent", ajoute Marie Borin. C'est aussi en transgressant les interdits moraux de son époque et en menant une vie à contre-courant des conventions, sans pour autant faire scandale, qu'elle a ouvert la voie à l'émancipation des femmes, comme le détaille le site officiel de la Légion d'honneur.

Quelle postérité pour les œuvres de Rosa Bonheur ?

Si elle a connu le succès de son vivant, l'intérêt pour ses œuvres décroit rapidement à sa mort (en 1989). Non pas que ses dernières créations aient perdues en qualité, mais plutôt que de nouvelles tendances picturales sont nées durant cette période particulière de croisement de deux siècles. Le postimpressionnisme, que l'on place généralement entre 1880 et 1920 avait notamment pris le pas sur le réalisme, avant d'être accompagné par le pointillisme et le surréalisme. Il faudra attendre presque un siècle pour que son nom revienne sur le devant de la scène. C'est en effet à partir de 1980 et des courants féministes qui fouillent l'histoire à la recherche de pionnières que l'on comprend l'importance qu'elle a eu dans l'émancipation des artistes femmes.  

Ses créations sont à retrouver au musée des Beaux-Arts de Bordeaux qui organise une première rétrospective du 18 mai au 18 septembre, puis au musée d'Orsay du 17 octobre 2022 au 15 janvier 2023 : hâtez-vous de réserver vos places pour découvrir cette célébrité d'un autre temps !

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