Les jardiniers découvrent chaque année, à partir du mois d'avril, un nouvel occupant dans leurs espaces verts. Petit et discret, cet insecte aux allures de minuscule papillon blanc grisâtre passe souvent inaperçu, mais est redoutable pour coloniser les végétaux. Mesurant entre 7 et 8 millimètres à l'âge adulte, la cicadelle pruineuse arbore des ailes cireuses closes formant un dôme caractéristique. Son corps brun-noir se distingue par une substance poudreuse blanche qui lui donne cet aspect givré si particulier, d'où son nom de cicadelle "pruineuse".
Ce petit insecte sauteur appartient à la famille des Flatidae, un groupe d'insectes piqueurs-suceurs originaires du continent nord-américain et des Caraïbes. Arrivée en Europe accidentellement dans les années 1970, comme le précise l'Institut Français de la Vigne et du Vin, il "a été signalé en France pour la première fois en 1985". Aujourd'hui, sa présence s'étend largement dans "la moitié Sud du vignoble français", mais également bien au-delà, remontant vers le nord un peu plus chaque année.
Pour repérer la cicadelle pruineuse, il faut observer les plantes. Notamment au printemps, lorsque "les premiers stades larvaires apparaissent à la fin du mois d'avril". Des larves avec une apparence distinctive : "de couleur blanchâtre et recouvertes d'une cire d'aspect pulvérulent et filamenteux", elles sécrètent une protection mousseuse caractéristique que les jardiniers appellent "crachat de coucou". Cette masse blanche et spumeuse protège efficacement les larves contre la déshydratation et les prédateurs naturels.
Une fois adulte, la cicadelle pruineuse se déplace en bande, formant "des chapelets caractéristiques sur les parties ombragées des plantes". La reproduction intervient en fin d'été : "D'août à septembre, les cicadelles adultes déposent leurs œufs dans les anfractuosités des écorces des arbres", où ils passeront l'hiver en attendant le printemps suivant. Le climat hexagonal lui convient parfaitement, particulièrement les atmosphères chaudes et humides, mais elle révèle une remarquable adaptation à son milieu.
Et la liste des végétaux susceptibles d'accueillir ce visiteur est large. Les spécialistes recensent aujourd'hui environ 400 espèces végétales potentiellement touchées, allant des arbres fruitiers aux plantes ornementales. On retrouve la cicadelle sur les sauge, rose trémière, chrysanthème, lavande, érable, charme, peuplier, platane, mûrier, pêcher, framboisier, vigne vierge, pomme de terre... Seuls les résineux semblent épargnés par cet insecte particulièrement polyphage.
Car la cicadelle pruineuse représente une réelle menace : elle pique les végétaux pour aspirer la sève. "En cas d'attaque sévère, les piqûres de la cicadelle pruineuse rendent les rameaux cassants et peuvent provoquer le dessèchement de nouveaux rameaux", alerte l'IFV. Un danger supplémentaire provient de leurs sécrétions, un miellat sur lequel se développe un champignon.
Si vous repérez l'animal, il faut agir vite. L'utilisation d'un jet d'eau puissant sur les amas mousseux permet de déloger les larves. Les traitements à base de savon noir ou de pyrèthrine montrent une certaine efficacité, mais nécessitent plusieurs applications. Le mieux reste de compter sur les oiseaux insectivores, coccinelles et autres punaises qui en feront leur repas...