Streaming : les questions que vous vous posez sans oser demander

Par Edward Back

Le streaming, mais qu'est-ce que c'est ?

Le streaming, qu'est-ce que c'est exactement ?

En anglais le mot stream signifie "flux de données". Par extension, streaming signifie tout simplement lire un média en direct. Bien que le terme soit surtout connu en association avec le web, des formes de streaming existaient bien avant, comme la télévision et la radio. Globalement, cet anglicisme couvre toute activité du web qui consiste à lire un contenu audio ou vidéo sans devoir attendre son téléchargement. Ceci inclut donc les sites de vidéos comme YouTube, mais également les web radios, les services de musique en ligne, etc. Autrement dit, l'ordinateur ou le mobile lit un fichier à distance, sans vraiment le télécharger.

Quelle différence avec le téléchargement ?

Les différences principales entre le streaming et le téléchargement de contenus multimédia se résument à une question de temps et de qualité. Le téléchargement implique un certain temps pour recevoir le fichier dans son intégralité avant de pouvoir le lire. Dans le cas d'une vidéo, le temps d'attente peut se chiffrer en minutes, ou en heures, selon la durée, la qualité et la vitesse de sa connexion à internet. Le fichier reste ensuite sur le disque dur et peut être dupliqué. En streaming, le délai avant diffusion n'existe pas, mais la qualité s'adapte généralement au débit disponible. Si le serveur est surchargé ou votre connexion lente, l'image sera de mauvaise qualité. Attention, certains logiciels de téléchargement proposent de regarder un programme pendant son téléchargement. C'est le cas de Popcorn Time ou de Torrents Time. Contrairement à ce que l'on peut croire, ceux-ci utilisent le partage de fichiers classique, via Bittorrent, et non le streaming. Il s'agit donc bel et bien de téléchargements le plus souvent illégaux et traqués par la Hadopi.

Est-ce légal de regarder un programme en streaming ?

En soi, la technologie du streaming est parfaitement légale, tout comme la technologie de partage de fichiers ou le téléchargement… Le problème se pose lorsque le contenu visionné est protégé par le droit d'auteur. Si ce contenu est partagé par son propriétaire, le streaming est légal. Dans le cas contraire, le visionnage est théoriquement illégal. L'hébergeur se trouve clairement dans l'illégalité, mais pour l'internaute, le statut juridique fait débat et il n'existe pas encore de jurisprudence. Le flou juridique concerne également les sites qui proposent les contenus. Bien souvent, ils proposent uniquement de liens vers le contenu hébergé par d'autres sites. Bref, rien n'est vraiment clair et c'est bien pour cette raison que la Hadopi ne peut pas vraiment grand chose contre le visionnage du streaming illégal. Les autorités peuvent éventuellement fermer les plateformes de diffusion, ou faire retirer des contenus, mais c'est bien tout.

Quelles sont les sanctions au niveau pénal ?

Toute personne reconnue coupable du délit de contrefaçon risque une amende de 300 000 euros et 3 ans d'emprisonnement. Tout ceci est bien théorique et il faut dire que cette sanction ne colle pas vraiment au cas particulier du streaming. L'utilisateur visionne en direct le contenu, sans en enregistrer une copie sur son ordinateur. La notion de recel pourrait toutefois être retenue. L'article 321-1 du Code pénal indique "Constitue également un recel le fait, en connaissance de cause, de bénéficier, par tout moyen, du produit d'un crime ou d'un délit". Pour le coup, le simple fait de bénéficier du délit diffusé par l'hébergeur rendrait passible de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende. Rien que ça ! Mais encore faut-il se faire démasquer...

Risque-t-on de se faire attraper si on regarde un film ou une série en streaming ?

En toute honnêteté, le risque d'être poursuivi pour avoir regardé un contenu en streaming est quasiment nul. Avec le téléchargement en "peer to peer", autrement dit le partage de fichiers, il suffit de se connecter à un téléchargement pour obtenir la liste d'adresses IP d'autres utilisateurs connectés. C'est ainsi que la Hadopi procède pour constater les infractions. Avec le streaming, ce type de preuve n'existe plus. Le flux de données est envoyé directement depuis l'hébergeur à l'internaute, sans intermédiaire. En conséquence, les autorités comme la Hadopi devraient obtenir un accès direct aux serveurs de l'hébergeur pour mettre la main sur ces informations, ce qui est techniquement très improbable. Pour l'heure, aucun internaute n'a encore été poursuivi pour avoir visionné un contenu en streaming.

Comment savoir si un site de streaming est légal ?

La question peut sembler anodine, mais bien souvent les sites illégaux ne sont pas si simples à identifier. Les ayant droits concluent souvent des accords avec différents services de streaming officiels pour la diffusion de leurs œuvres. Un site qui propose gratuitement des films ou des séries récents pourrait s'avérer légal, tandis qu'un site qui fonctionne par abonnement risque tout de même de se révéler illégal. Difficile pour l'internaute d'y voir clair... Il existe heureusement une astuce pour vérifier l'authenticité d'un site. Elle consiste à inspecter ses mentions légales. Un lien inscrit en bas de page devrait mentionner le nom et l'adresse de l'éditeur du site. L'absence de ces informations présage généralement un site illégal.

Existe-t-il des risques pour la sécurité de mon ordinateur avec le streaming ?

Il n'existe pas réellement de contenu complètement gratuit sur internet. Tout est financé par des abonnements, des publicités, des dons ou l'exploitation de vos données personnelles, ne serait-ce que pour couvrir les frais d'hébergement. Le streaming du contenu multimédia, très volumineux et gourmand en bande passante, génère beaucoup de frais. Pour les sites gratuits et souvent illégaux, le financement se fait grâce à la publicité, sans être très regardant sur la qualité de celle-ci. En général, un clic sur un lien de streaming illégal engendre des salves de pop-up publicitaires, des traquenards en ligne. Avec des jeux et des sites pornographiques, ces pages constituent souvent les publicités qui rémunèrent le plus. Certains sites tentent de piéger les utilisateurs en les obligeant à télécharger un logiciel "nécessaire" pour le visionnage. Il est bien plus malveillant qu'utile en réalité.

Combien coûte un abonnement à un service de streaming légal ?

Légal ne signifie pas systématiquement payant, et les différents services de VOD proposent diverses offres à des prix très variables. Certains services sont entièrement gratuits. C'est le cas pour YouTube, les web radios ou encore les services de replay, où les chaînes de télévision proposent de revoir un contenu diffusé récemment durant quelques jours. D'autres fonctionnent par abonnement. C'est le fond de commerce de Netflix ou des services de musique en streaming. Ces offres illimitées coûtent généralement aux alentours d'une dizaine d'euros par mois. Certains facturent chaque média consulté, comme les services de vidéo à la demande (VOD). Pour les séries, comptez généralement entre deux et trois euros pour un épisode, une vingtaine d'euros pour une saison entière. Pour les films, il en coûtera deux ou trois euros pour une location de 48 heures, et une dizaine d'euros pour pouvoir revoir le film indéfiniment.

Y a-t-il des sites à éviter absolument pour le streaming ?

Les sites diffusant des œuvres illégalement profitent souvent d'un gros flou juridique sur le streaming pour éviter les poursuites. Ceux qui hébergent directement le contenu sont clairement dans l'illégalité. Sur d'autres sites, les administrateurs se contentent de lister des liens vers des vidéos disponibles sur des plateformes d'hébergement et de lecture. Si, concrètement, ils ne diffusent rien, il reste probable qu'à terme ces sites seront fermés, car ils facilitent l'accès à un contenu illégal, en toute connaissance de cause. Parmi les sites qui semblent avoir trouvé la parade pour l'instant, notons DPStream.net. Opérant depuis 2009, ce site contributif est une plaie du genre en terme d'invasion de publicités. Les liens vers les vidéos sont fournis par les utilisateurs, et le site a même l'audace de préciser qu'il est possible de signaler tout lien de streaming illicite. A fuir...

Ai-je le droit de regarder des programmes en streaming sur mon ordi au travail ?

La question peut surprendre car en théorie les salariés sont payés pour travailler. Ceci dit, nombreux sont ceux qui vérifient leurs e-mails, consultent Facebook et naviguent sur le web pendant les heures de travail. Le streaming, par exemple, via de courtes vidéos sur YouTube, représente une extension des activités déjà de plus en plus acceptée. Si l'entreprise n'a pas défini de limites sur ce genre d'activité, via un règlement intérieur ou une charte informatique, il sera difficile de vous le reprocher. Bien entendu, cela ne doit pas perturber le travail. Un employeur bienveillant acceptera sans doute ces petites séances de visionnage sur YouTube, mais certainement pas du "binge watching" de la dernière saison de Game of Thrones, que ce soit en streaming légal ou pas…

Qui est le seigneur du streaming vidéo légal ?

Parmi les sites de streaming légaux, la palme revient sans conteste à Netflix. Le service propose un catalogue plutôt conséquent, qui inclut ses propres productions comme Orange is the New Black ou Sense 8. L'abonnement mensuel commence à 7,99 € et permet de consulter l'ensemble du catalogue en illimité. La disponibilité des films et séries dépend des accords passés avec les ayants droit, ce qui explique que l'offre reste incomplète. La seule véritable alternative est celle de Canal Plus, baptisée Start by Canal. Pour 9,99 € le service propose l'accès à plusieurs chaînes en streaming, ainsi que son catalogue de vidéos à la demande, bien plus limité que celui de Netflix. Pour d'autres contenus, il faut faire le tour des plateformes et éventuellement acheter ses vidéos au coup par coup, par exemple sur Google Play ou iTunes.

Où trouver de la musique à volonté et légalement en streaming ?

Pour ce qui est de la musique, cela fait longtemps que les maisons de disques ont jeté l'éponge sur la lutte contre le téléchargement illégal. Elles font désormais leur beurre avec les plateformes de streaming musical légales. Mieux encore, c'est souvent via des diffusions sur YouTube qu'elle repèrent de nouveaux talents. Pour la peine, l'offre est beaucoup plus simple. Essentiellement, deux acteurs se partagent le marché du streaming gratuit : Deezer et Spotify. Grâce à l'insertion de publicités, ces deux services proposent gratuitement un accès en illimité à l'intégralité de leurs catalogues, constitués de dizaines de millions de titres. Toutefois, souscrire un abonnement permet d'éliminer les publicités et d'écouter la musique sans restriction. Aussi, le choix de services s'étoffe : Spotify, Deezer, Apple Music, Google Play Music, Amazon Music… À quelques fonctions près, ils proposent tous le même service, avec un catalogue similaire, au prix unique de 9,99 €.

Existe-t-il des sites "de confiance" pour le streaming ?

S'il faut généralement se méfier des sites gratuits qui diffusent illégalement des contenus protégés par le droit d'auteur, il existe des exceptions. La plupart des chaînes de télévision proposent désormais de revoir en streaming un programme passé récemment à l'antenne. C'est le cas, par exemple, des programmes des chaînes France Télévisions, qui se trouvent sur le site France.tv, du groupe Canal sur mycanal.fr, du groupe M6 sur 6play.fr, ou encore d'Arte. Les derniers épisodes d'émissions sont même disponibles en libre accès seulement quelques heures après leur passage à la télévision. Généralement, au bout d'une semaine, ces contenus deviennent payants et vendus à l'unité.

Que dénicher sur YouTube, le fourre-tout du streaming ?

Les sites d'hébergement de vidéos, comme YouTube ou le français DailyMotion, proposent un très grand choix de contenus. Certes, les dernières grandes séries et films sont absents, mais ces sites hébergent d'autres types de vidéos. Tout d'abord les clips musicaux, la plupart des artistes disposant d'une chaîne dédiée sur une de ces plateformes. Ensuite, ces sites facilitent la diffusion d'œuvres originales, avec de nombreux films courts et séries diffusées uniquement sur le web. Parfois, des petits malins proposent des films récents. Généralement, ceux-ci ne restent toutefois pas très longtemps en ligne.

La Hadopi est-elle vraiment votre ennemie?

Hé bien non ! La Hadopi n'existe pas uniquement pour attaquer les internautes étourdis en justice. Le rôle de la Haute Autorité consiste aussi à mener de la prévention et de l'information en diffusant des informations sur l'offre légale. Elle dresse ainsi, une liste de 232 plateformes proposant du streaming, dont 134 sites gratuits. Cette liste est disponible ici. En plus de la Hadopi, pour trouver facilement une vidéo précise, le site JustWatch recense plus de 20 500 films et séries proposés sur 16 plateformes différentes en France. Une simple recherche affiche les services en ligne de diffusion, ainsi que le prix éventuel d'achat et de location.