Dieudonné : le retour d'un humoriste "respectable" ?

Dieudonné : le retour d'un humoriste "respectable" ? Depuis plusieurs semaines, Dieudonné est en tournée dans les grandes salles de province avec un nouveau spectacle. Et l'humoriste controversé semble faire le plein chaque soir. Un retour qui soulève des questions.

Foxtrot, la nouvelle tournée de Dieudonné, commence sur des chapeaux de roues. Après avoir rempli plusieurs fois le théâtre de la Main d'Or à Paris, l'humoriste a connu un succès remarqué à la Cité des Congrès de Nantes, au Zénith de Pau début avril et à Antarès, une grande salle du Mans, le 19 avril. Une ville où il avait déjà fait un carton en 2008 rappelle Ouest-France. "Dieudo" a même eu le privilège d'être photographié, sourire aux lèvres, avec Yannick Noah, après que la personnalité préférée des Français eut assisté à l'un de ses derniers shows. Très controversé pour ses prises de positions "antisionistes" et ses provocations sur scène ou sur Internet, Dieudonné semble donc revenir en force cette année et être dorénavant accepté dans des "grandes salles". Un retour à la respectabilité après des années de mise au ban du monde de l'humour ?

Le site Internet Rue89 s'est penché sur la question et s'est rendu dans une salle parisienne, effectivement bondée, pour assister à son nouveau spectacle. Très vite, la réponse semble un peu plus complexe : les blagues sur les juifs sont encore légion dans les textes de Dieudonné. Les Noirs et les Chinois en prennent aussi pour leur grade, mais la théorie qui sous-tend une bonne partie des sketchs reste la même : mieux vaut avoir été persécuté à Auschwitz qu'avoir souffert de l'esclavage, la Shoah étant, selon l'humoriste, plus reconnue et même plus "rentable" que la traite des Noirs... Bon nombre de spectateurs, loin de valider cette thèse, défendent Dieudonné, estimant que l'humoriste est le dernier des "vrais provocateurs" et qu'il se joue du système avec l'unique but de faire rire. Sur scène comme dans les médias, ses "blagues" doivent être prises au second degré selon ses fans, à l'instar de celles d'un Pierre Desproges.

Des soutiens, des condamnations et une stratégie bien rodée

Depuis 2003 et un sketch controversé sur le plateau de Marc-Olivier Fogiel (Isra-Heil), Dieudonné a multiplié les canulars et les propos polémiques, proposant à Jean-Marie Le Pen de devenir le parrain d'un de ses enfants, rendant hommage au négationniste Robert Faurisson ou encore s'engageant dans des mouvements antisionistes. Un positionnement de provocateur qui a progressivement fait de la star un paria dans le monde médiatique, chez les humoristes (Patrick Timsit, Elie Semoun, Gad Elmaleh...), mais aussi dans les salles de spectacles. Cantonné à la publication de vidéos choc sur Internet et à se produire dans son propre théâtre, Main d'Or, en plein cœur de Paris, Dieudonné avait finalement disparu des écrans radars et ne faisait plus ces dernières années que de rares apparitions dans des émissions de télévision.

Le journal Sud Ouest estime avoir trouvé les véritables clés du retour de Dieudonné sur le devant de la scène. En plus de ceux qui considèrent que ses provocations restent avant tout de l'humour, Dieudonné a gardé l'affection (parfois timide) de certaines personnalités : Pierre Ménès, Ramzy Bédia ou encore Jamel Debbouze ont, à un moment ou à un autre, affiché leur soutien ou minimisé la portée des provocations de l'humoriste qui, de l'avis général, reste malgré tout un grand professionnel de l'humour voire un grand comique.

Sur la tournée de Foxtrot, le performer travaille en outre avec une productrice au carnet d'adresses fourni : Chrystel Camus. Celle qui a réussi à rouvrir les portes des grandes salles affirme qu'elle "n'aurait jamais produit un spectacle antisémite". "On a trouvé des salles parce qu'il travaille avec moi. C'est sa première tournée depuis dix ans. Jusqu'à présent, il montait ses spectacles dans son théâtre ou dans un bus", confirme l'intéressé, qui ajoute : "Bien sûr, il reste antisioniste. Mais là, c'est la liberté d'expression. Il n'est pas antisémite. Chaque soir, il a droit à une standing ovation. Son public n'est certainement pas composé de néonazis !"

Troisième explication : pour remplir ses salles, Dieudonné s'appuie depuis toutes ces années sur une cohorte de fans très active sur le Web et sur les réseaux sociaux, parfois avec des relents communautaristes. Une stratégie de communication aux antipodes des médias "mainstream", mais qui marche.

Enfin, certaines salles et certaines villes préfèrent manifestement "ignorer" l'humoriste plutôt que d'interdire son spectacle. Il faut dire que la ville de La Rochelle a récemment été condamnée à 40 000 euros de dommages et intérêts au profit de Dieudonné, que l'annulation de son spectacle dans la ville de Nice fait polémique et qu'à Bordeaux, malgré la menace, Dieudonné est bien monté sur scène, aucune raison ne justifiant de refuser un artiste disposant d'une licence de spectacle.

EN VIDEO - En 2009, Elie Semoun s'exprimait sur Linternaute.com sur ses rapports avec son ancien compagnon de scène Dieudonné.

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"Elie Semoun - Ses rapports avec Dieudonné"