Médine : ces paroles qui valent au rappeur une vive polémique

Médine : ces paroles qui valent au rappeur une vive polémique BATACLAN - Alors que Médine doit donner deux concerts au Bataclan, certains responsables politiques veulent faire annuler ces prestations, dénonçant les paroles de certaines chansons du rappeur.

[Mis à jour le 11 juin 2018 à 11h51] La programmation de concerts de Médine dans la salle du Bataclan, où 90 personnes ont péri le 13 novembre 2015 dans l'attentat d'un commando djihadiste, suscite la polémique. Le rappeur doit se produire dans la salle de concert les 19 et 20 octobre prochain et se retrouve dans le viseur d'élus issus de la droite et de l'extrême droite, mais aussi de La République en marche. Ces élus protestent contre les prestations du rappeur en mettant en cause les paroles de certaines de ses chansons, en particulier celles de son titre "Don't Laïk", sorti en 2015. Dans ce morceau le rappeur déclare notamment : "Crucifions les laïcards comme à Golgotha".

Sorti une semaine avant l'attentat de Charlie Hebdo survenu le 7 janvier 2015, la chanson "Don't Laïk" de Médine avait déjà suscité de nombreuses réactions à l'époque. Le Figaro rappelle que, dès le lendemain de l'attaque, le philosophe Vincent Cespedes s'en était pris au rappeur : "En livrant des noms en pâture (de Caroline Fourest à Nadine Morano), sa plume trempe dans tous les encriers de l'intolérance : celui de la propagande djihadiste et des appels au meurtre de l'État islamiste", avait écrit l'essayiste sur le site du Huffington Post, citant ensuite des paroles du rappeur : "'J'mets des fatwas sur la tête des cons', 'Au croisement entre le voyou et le révérend / Si j'te flingue dans mes rêves je te demande pardon en me réveillant', 'On ira tous au paradis, enfin seulement ceux qui y croient'" déclare notamment Médine dans sa chanson, ce qui lui avait valu d'être jugé "irresponsable" par l'essayiste.

Médine s'était alors rapidement expliqué "Je voulais absolument parler de la façon dont est manipulée aujourd'hui une valeur républicaine comme la laïcité alors que, dans son esprit et sa lettre, la laïcité est faite pour réunir les gens", avait-il déclaré. "'Don't Laïk' est aux fondamentalismes laïques ce que les caricatures de Charlie Hebdo sont aux fondamentalismes religieux", s'était défendu le rappeur plus tard dans une tribune publiée dans L'Obs.

"Don't Laïk" jugé comme "un appel au meurtre"

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, le député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, ont tous réagi sur Twitter à la programmation des concerts du rappeur au Bataclan, utilisant pour certains le hashtag "Pas de Médine au Bataclan". La députée LREM, Aurore Bergé, a pointé du doigt les paroles de la chanson "Don't Laïk", qui sont, selon elle, "ni plus ni moins, [qu']un appel au meurtre". Elle dénonce également une affiche de promotion d'un ancien album du rappeur. 

Une pétition en ligne a été créé par Grégory Roose, ex-délégué départemental du FN dans les Alpes-de-Haute-Provence, pour demander l'annulation des deux concerts de Médine au Bataclan. Deux avocats des familles de victime de l'attentat du Bataclan réclament également l'annulation des prestations du rappeur. Selon eux, les textes très ambigus du rappeur, qui évoquent l'islamisme, le djihad ou encore la condamnation de la laïcité, seraient une offense à la mémoire des victimes. Ils ont publié ne tribune ce 11 juin dans Le Figaro

Sollicité par l'AFP, le codirecteur du Bataclan, Jules Frutos, n'a pu être joint. Le rappeur n'a pas non plus réagi. Le journal Le Monde rapporte que le tourneur de Médine, Eric Bellamy, de la société Yuma Prod, a quant à lui réagi, dimanche 10 juin : "Nous maintenons les concerts comme prévu. Médine s'est expliqué plusieurs fois sur le morceau 'Don't Laïk'. Il n'y a aucune ambiguïté dans ce qu'il dit. Il a même écrit un texte magnifique sur le Bataclan auquel tout le monde a adhéré" a-t-il déclaré.

Qui est Médine ?

Médine, de son nom complet Médine Zaouiche, a débuté sa carrière d'artiste en 2004 et s'est notamment fait connaître du grand public grâce à sa chanson "Alger pleure", qui revient sur la guerre d'Algérie. Depuis le début de sa carrière, le rappeur de 35 ans est produit par le label indépendant Din Records. Médine a très tôt joué avec "les représentations que l'on peut avoir du rap ou de l'islam, qu'il a choisis à l'adolescence" explique Le Monde. Artiste engagé, Médine dénonce dans ses textes la stigmatisation des Français de confession musulmane, le conflit israëlo-palestinien ou encore la guerre, rapporte Le Figaro. Avec ses raps, Médine veut "tendre un piège à tous les feignants qui ne s'arrêtent qu'à une image", avait-il expliqué dans une interview pour le média Clique en février 2017.

Article le plus lu - Aretha Franklin : les pires hommages › Voir les actualités

Annonces Google