Beaujolais nouveau 2019 : goût, arôme, bon cru ou piquette ?

Beaujolais nouveau 2019 : goût, arôme, bon cru ou piquette ? BEAUJOLAIS NOUVEAU - Pour cette cuvée 2019, adieu le goût de banane ! Consommateurs et experts le confirment : le Beaujolais Nouveau a cette année des arômes de fruits rouges et d'épices. Prix, histoire, on vous dit tout sur ce célèbre vin.

[Mis à jour le 22 novembre 2019 à 14h20] Bonne nouvelle pour les amateurs de Beaujolais Nouveau : le goût de cette cuvée 2019, mise en vente depuis le 21 novembre, n'a rien à voir avec l'arôme de banane de l'an passé. Selon des experts, ce fameux vin a désormais le goût de fruits rouges - notamment de framboise et de mûre - et d'épices. "Franchement, il est pas mal. Il est très fruité, il a plus de corps que d'habitude. Il est peut-être un peu plus épais", a confirmé à Europe 1 un goûteur amateur parisien.

Même son de cloche dans le Rhône, à Lyon, où la fête du Beaujolais Nouveau a battu son plein mercredi 20 novembre au soir. "Il est très bon, ce cru 2019. Il a des allures de fruits rouges, il est frais", a assuré une Lyonnaise au micro de BFM Lyon. "Il est un peu léger à mon goût, mais ça va !", a jugé un autre goûteur. Le Beaujolais Nouveau est donc devenu plus rond et plus aromatique, selon l'avis des consommateurs comme des vignerons. Les raisins qui servent à le fabriquer sont en effet plus gorgés de sucre sous l'effet du réchauffement climatique. On retrouve donc naturellement un vin plus structuré, moins acide et plus conforme aux attentes des consommateurs. "On a eu une belle maturation fin août, début septembre", a confirmé Jean-Baptiste Duperray, viticulteur du Beaujolais Val-de-Saône, toujours au micro de BFM Lyon. "Les raisins étaient bien mûrs, et on avait des toutes petites grappes cette année, donc des raisins très concentrés."

Ce sont plus de 25 millions de bouteilles qui sont commercialisées en France, mais aussi à l'étranger, dans plus de 110 pays. En effet, 40% de la production est destinée à être vendue au-delà de nos frontières comme au Japon, aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Le Japon représente le quart des exportations totales du vignoble. L'arrivée du Beaujolais nouveau est quasiment plus fêtée là-bas, avec parfois des cérémonies dont les extravagances étonneraient les plus enthousiastes des vignerons français. Les Japonais ont en effet pour coutume de se baigner dans des bains chauds de Beaujolais Nouveau !

Infographie: Le Beaujolais Nouveau est aussi très apprécié à l'étranger | Statista Vous trouverez plus d'infographie sur Statista

Concernant son prix, bien qu'il s'agisse d'un vin extrêmement célèbre, le Beaujolais nouveau est loin d'être l'un des plus onéreux. Si vous voulez vous offrir une bouteille dans une grande surface, un supermarché de quartier ou directement chez un caviste, il vous en coûtera entre 4 et 10 euros. En cause : son temps de conservation, qui ne va en général pas au-delà de six mois. Dans les bars et restaurants, le prix du Beaujolais nouveau peut grimper jusqu'à 35 euros. Ce qui ne change pas son goût pour autant. Connaissez-vous les origines de ce vin si célèbre en France et à l'international ? Savez-vous comment le Beaujolais nouveau est fabriqué et conservé ? Retrouvez les réponses à toutes ces questions dans notre dossier ci-dessous.

Goût du Beaujolais Nouveau

Loin du vin industriel au goût de banane, la robe du dernier Beaujolais nouveau est cette année "empourprée, dense, aux reflets violines-fuchsia". Le caviste lyonnais Ahmad Fazeli s'est confié à Lyonmag sur sa qualité : "Cette année encore, je l'ai goûté 2, 3 fois. Il a des arômes de fruits noirs, de fleurs. Le temps de la banane est passé. C'était artificiel car c'était ce que les clients voulaient et ce que les producteurs du coup faisaient. Maintenant, on fait le vrai vin !" Le plus souvent accompagné d'une bonne assiette de charcuterie, le Beaujolais nouveau se déguste entre amis ou avec sa famille. 

Si la capitale est l'épicentre du Beaujolais nouveau, le vin primeur se déguste aussi dans toute la France. De nombreux cafés et restaurants proposent de déguster le Beaujolais nouveau. Le vin reste en général quelques jours à la carte des bars à vin donc pas besoin non plus de se précipiter au comptoir le jour J. 

Prix du Beaujolais nouveau

Comme les autres vins, les tarifs des cuvées du Beaujolais varient beaucoup. Ils restent cependant modestes puisque ces bouteilles ne se gardent pas et que leur cote ne grimpe donc pas avec les années. Chez les cavistes ou en supermarché, vous trouverez du Beaujolais en vente entre 4 euros et 7 euros environ. Ensuite, le tarif peut monter jusqu'à 9 ou 10 euros la bouteille. Le prix du Beaujolais est évidemment plus élevé si vous vous rendez dans un bar ou un restaurant pour l'occasion. Dans ce cas, comptez entre 10 et 35 euros la bouteille.

Date du Beaujolais nouveau

La date de sortie du vin primeur est fixée depuis 1985. Entre 1951 (date de la naissance de l'appellation " beaujolais nouveau ") et 1967, cette date a beaucoup fluctué. Puis de 1967 à 1985, elle était fixée au 15 novembre. Mais ce calendrier fixe ne convenait pas forcément aux producteurs, notamment parce que la "fête" tombait parfois sur un week-end. Cela fait plus de 30 ans aujourd'hui qu'on célèbre le "beaujolpif" le 3e jeudi de novembre. Cette année 2019, il est sorti jeudi 21 novembre.

Histoire du Beaujolais nouveau

Pourquoi est-il dit "nouveau" ? Le Beaujolais est un vin relevant d'une "appellation d'origine" ("contrôlée" ou "protégée", AOC et AOP). Initialement, ce type de vins ne pouvait être commercialisé qu'à partir du 15 décembre. Mais les producteurs ont obtenu une dérogation à ce principe en 1951, avançant la date de commercialisation. C'est donc un "Beaujolais nouveau" qui était disponible prématurément. Il faut souligner que si le Beaujolais est disponible aussi rapidement après les vendanges, c'est notamment en raison de son processus de fabrication, dans lequel seuls 4 jours sont nécessaires à la macération du vin.

Comment est apparu le phénomène ? L'événement a même dépassé nos frontières : on retrouve le célèbre vin français dans le monde entier, en premier lieu aux Etats-Unis et en Asie, où il est très apprécié. Pourtant, si l'arrivée du beaujolais nouveau est espérée par tous ceux qui attendent une bonne occasion de faire la fête, les amateurs de vin n'en relèvent que très rarement la qualité et la profondeur du goût... C'est que le "beaujolais nouveau" est devenu en l'espace d'une trentaine d'années un véritable produit marketing. Cet automne encore, les affiches à sa gloire égaient les devantures des bistrots et nombre de restaurateurs actualisent leur carte le temps de l'événement.

Comment en est-on arrivé là ? Tout commence en 1951, lorsque les régions productrices de vin à consommation précoce sont autorisées à commercialiser immédiatement leurs produits sur le marché. Le vin primeur des AOC Beaujolais et Beaujolais Village va profiter de cet arrêté pour être distribué et bu en quelques semaines après la fin des vendanges. Auparavant, les débitants de vin de la région lyonnaise avaient l'habitude d'acheter ce vin à peine fermenté directement dans les vignobles du coin pour les revendre à leurs clients. Une habitude qui va vite se perdre avec l'extension du marché. Les lois de 1967 et de 1985 fixent les dates officielles de sa commercialisation : d'abord le 15 novembre à minuit, puis le troisième jeudi du mois de novembre. Dès lors, le beaujolais nouveau devient synonyme de premières dégustations de l'année et une occasion de se retrouver autour d'un verre.

Dans les années 1980, les producteurs prennent conscience du filon commercial : d'une boisson modeste, peu chargée en alcool, ils ont cherché à faire un produit plus tendance, avec pour objectif de faire ressortir les arômes de fruits rouges. Le recours aux levures artificielles pour accentuer les goût de banane ou de violette, la macération préfermentaire (pour colorer et aromatiser le vin) et la chaptalisation (procédé qui consiste à ajouter du sucre pour faire monter le taux d'alcool) deviennent presque systématiques chez les viticulteurs. Résultat : le beaujolais nouveau se standardise et, par la même occasion, se répand dans le monde entier. Annuellement, 54 millions de bouteilles sont exportées dans le monde, dans plus de 110 pays. Pourtant, depuis quelques années, certains producteurs de Beaujolais souhaitent faire marche arrière et revenir à des procédés plus naturels et traditionnels afin de retrouver les saveurs originelles du gamay noir, le cépage utilisé pour ce vin. Mais il sera difficile pour les producteurs du Beaujolais de se détacher de cette image marketing qui a fait la renommée de la région et du vin pendant des décennies.

La fabrication du Beaujolais

Cette année, le Beaujolais Nouveau est apparu le 21 novembre   © FOOD-micro - Fotolia.com

L'appellation Beaujolais nouveau répond à des critères bien précis et à un cahier des charges à suivre à la lettre par les producteurs. Il faut ainsi que la macération des grappes, entières (donc récoltées à la main) soit effectuée par la méthode dite "carbonique", en quatre jours, ce qui procure au vin des arômes de fruits frais et une faible présence de tanin. Le beaujolais nouveau doit bien sûr être produit dans l'aire d'appellation des beaujolais et beaujolais villages, située dans le nord du Rhône et le sud de la Saône-et-Loire (sur une centaines de communes, dont celle de Beaujeu, la capitale "historique" du Beaujolais nouveau). Le cépage utilisé est très essentiellement le Gamay N, mais la législation autorise 15 % de cépages accessoires, comme le chardonnay, le pinot noir et gris, l'aligoté ou le melon. 

Combien de temps se conserve le Beaujolais nouveau ?

Au-delà de quelques semaines, le vin primeur disparaît des rayons. Et pour cause : le Beaujolais nouveau n’est pas un vin de garde. Il se conserve maximum 6 mois. Pas besoin donc de chercher une place au frais dans votre cave pour ces bouteilles : mieux vaut les boire rapidement !

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