"Je me liquéfiais, rien n'allait" : les confidences de Stéphane Bern sur Le Village préféré des Français

"Je me liquéfiais, rien n'allait" : les confidences de Stéphane Bern sur Le Village préféré des Français Coups de chaud, mais aussi impact économique et secrets des régions... Stéphane Bern se confie dans un entretien exclusif sur l'envers du décor du Village préféré des Français.

De la ferveur redoutable de l'Alsace à la réserve stratégique de la Corse, en passant par ses plus grands moments de solitude en tournage, l'animateur star de France 3 nous dévoile l'envers du décor du Village préféré des Français, une émission devenue un véritable phénomène économique.

Linternaute.com : La sélection du Village préféré des Français est extrêmement variée. Cette année on passe de Dampierre en Yvelines à Cacao en Guyane. Comment s'est fait le choix de ce candidat d'outre-mer ?

Stéphane Bern : Depuis quelques années, 2018 exactement, dans les 14 villages, il y a toujours un village ultra-marin. Il y a des villages qui nous ressemblent davantage, aux Antilles ou à La Réunion. Mais là, en Guyane, Cacao est un village tout à fait intéressant, qui raconte aussi notre histoire d'une certaine manière. Et donc ça crée une variété et c'est ce qui unifie le pays aussi, de montrer que cette richesse, cette diversité, c'est ce qui constitue la République française.

N'est-il pas le candidat le plus dépaysant de l'histoire de l'émission ?

Là on remonte aux années 70 quand on a fait venir les Laotiens qui étaient en exil et qui ont fondé ce village et qui se sont très bien intégrés avec les populations autochtones. C'est vrai que ça crée une originalité intéressante.

Dans cette sélection, au-delà du patrimoine bâti, il y a aussi la gastronomie ! J'imagine que vous avez goûté au ramboutan, l'espèce de litchi chevelu de Cacao, par exemple.

On goûte à tout ! Ce qui est intéressant, c'est de voir que tous ces villages cultivent l'authenticité et les traditions, y compris culinaires. Au fond, on est dans le même pays et pourtant, d'une région à l'autre, vous avez l'impression de traverser plusieurs pays tellement vous avez des traditions locales et des paysages différents. On est le seul pays qui a 5 fronts de mer différents, avec des villages à la campagne, à la montagne, à la mer. C'est cette diversité qui me plaît et me donne le sentiment au final que la France est belle. Et donc ça nous fait encore croire à notre pays !

"La sélection ? Il ne faut pas penser que je suis le "deus ex machina" qui va décider tout tout seul !"

Y a-t-il un village qui vous a personnellement fait chavirer cette année, peut-être pour son histoire, son architecture ou ses habitants ?

J'ai souvent des coups de cœur, mais au fond, je crois que je les aime tous parce qu'ils ont tous une particularité. Et comme ils sont tous sélectionnés, y compris validés par moi, c'est que je les aime. Ils me plaisent pour une raison ou pour une autre : une fois, ça va être le point de vue, une autre fois, ça va être l'environnement, une autre fois, ça peut être simplement l'histoire ou le patrimoine historique. A chaque fois, il y a une bonne raison pour que je les aime.

La Ferté-Vidame, qui représentait la Région Centre-Val de Loire, n'est pas loin de chez vous dans le Perche.

Oh, j'aime beaucoup aller à La Ferté-Vidame et ce que je trouve intéressant, c'est le circuit automobile. C'est le plus grand circuit clos de murs en France : c'est là où on a testé les 2CV, les Citroën. C'est fascinant quand même !

Celui-ci, vous l'avez personnellement choisi ?

Oui, enfin, on m'en propose deux par région, et puis après on en discute avec la chaîne. Mais il ne faut pas penser que je suis le "deus ex machina" qui va décider tout tout seul !

Le château de La Ferté-Vidame (Eure-et-Loir) lors du "Rassemblement du Siècle" de Citroën. Un site historique cher à Stéphane Bern, qui abrite le plus grand circuit clos de murs en France. © SICCOLI PATRICK/SIPA (publiée le 06/07/2026)

Historiquement, en 14 ans d'émission, quelle est pour vous la région de France qui affiche la ferveur la plus impressionnante ?

Oh, l'Alsace ! Écoutez, en 1, c'est l'Alsace, en 2, c'est la Bretagne.

Les maires et les habitants se transforment en véritables directeurs de campagne, c'est ça ?

Exactement. Il y a une forte identité culturelle. Vous avez vu l'Alsace a un peu fait sécession du Grand Est pour redevenir une région à part entière. D'autre part, vous avez la Bretagne qui est restée traditionnellement la même région, qui n'a pas été modifiée par la loi NOTRe. Ce sont des régions qui ont une forte identité culturelle et historique et qui se battent pour que leur village gagne. Alors, ça marche ou ça marche pas, on va le savoir cette année.

Qu'est-ce que vous voyez comme campagne un peu insolite qui peut se former à ce moment là ?

Ça se fait beaucoup sur les réseaux sociaux. C'est-à-dire des campagnes chez les commerçants, etc. Je vois que la bataille fait rage sur les réseaux sociaux. Il y a une sorte de communauté maintenant qui se crée. Mais je trouve ça plutôt bien parce que ça nous fait des téléspectateurs en plus, et ce qui explique le succès de l'émission.

"Les gens ont fait des plus-values immobilières"

On parle souvent de l'effet "Village préféré" sur le tourisme. Quel est l'impact pour le village vainqueur sur sa fréquentation ?

Concrètement, c'est 30 % de touristes en plus. C'est une manne touristique qui est la bienvenue parce que ça dope le commerce. Evidemment les hôtels et les restaurants sont pleins. Ça un impact économique très important et tous le reconnaissent. J'étais à Saint-Antoine-l'Abbaye pour la finale et la maire me disait qu'ils ont eu des articles dans la presse américaine, anglaise, belge, suisse. Ils ont eu des Japonais qui sont venus. Ça a un impact, vraiment.

Est-ce que vous avez une histoire de boulanger ou de restaurateur local devenu riche du jour au lendemain grâce à l'émission ?

Je sais que c'est arrivé en Bretagne, dans un village où les gens ont fait des plus-values immobilières.

Est-ce que le titre de "Village préféré des Français" n'est pas parfois un cadeau empoisonné pour les habitants qui veulent juste la paix ?

Oui, ça peut l'être. Mais au fond, ce n'est pas la grande majorité. Il y a toujours des râleurs, vous savez, quand on a tourné à Veules-les-Roses ou Le Thoureil, il y a des gens qui ont protesté parce qu'on allait violer leur tranquillité. Mais en réalité, les villages vivent aussi parce qu'il y a du tourisme, il y a du commerce, il y a une vie. Sinon ça meurt ! Alors après, aux maires de savoir bien gérer. Mais désormais, les maires se passent le mot : ils se partagent les tuyaux pour préparer le terrain en créant des zones de stationnement en dehors du village, en piétonnisant davantage, pour respecter l'environnement. Je crois qu'ils s'adaptent et c'est un beau défi. On préfère être valorisé pour ses succès que de ne rien faire.

L'an dernier, vous m'avez confié avec humour que certaines régions cachaient leur jeu, particulièrement la Corse.

Des Corses m'ont dit : "Oui, c'est très beau chez nous, mais on ne veut pas que ça se sache". Moi je les adore les Corses. Au moins, ils sont très fiers de leur village, mais ils ne veulent pas trop que ça se sache ! (Rires)

C'est à Collioure que Stéphane Bern confie avoir vécu un grand moment de solitude en tournage, terrassé par la chaleur fin juin. © dvoevnore - stock.adobe.com

Quel est le moment de solitude le plus mémorable ou le plus drôle que vous ayez vécu lors d'un tournage de l'émission ?

Je ne sais pas si c'est un moment drôle mais à Collioure l'année dernière, j'ai senti les effets de la chaleur. C'était horrible vraiment. Je me liquéfiais, littéralement. Et puis à ce moment-là, on a eu un souci technique, une grue a failli tomber. Enfin, rien n'allait avec la chaleur... (Rires) Et puis j'avais eu ça aussi à Eguisheim et à Hunspach en Alsace, vous savez quand la chaleur tape fin juin... J'ai des souvenirs comme ça ! Et puis une autre fois à Sancerre, je devais sabrer une bouteille pour un vin de Sancerre et puis alors là j'en ai envoyé partout, j'ai dû aller me changer... Ça, c'était un grand moment de solitude. (Rires)

Quelle est votre astuce secrète pour tenir le coup physiquement à courir aux quatre coins de la France ?

C'est la passion : j'aime les gens, j'aime les villages, j'aime le patrimoine. J'en ai jamais assez, puis, au fond, ce que je trouve c'est que la vraie richesse de ces villages ce sont les femmes et les hommes qui les animent. Ce que j'aime, c'est d'aller d'un village à l'autre et de rencontrer les gens... C'est ça qui m'amuse le plus !

"C'est la seule émission qui a son timbre"

Combien de temps passez-vous réellement dans chaque village sélectionné ?

Je ne les visite pas tous non. J'en fais 6 ou 7 et je reste une journée dans chaque village.

Si vous deviez résumer cette édition 2026 du Village préféré des Français en quelques mots ?

C'est à la fois la richesse, la diversité, la variété. Et puis des villages assez exceptionnels quand même. Chaque année c'est une véritable découverte. J'adore, et après j'y retourne, j'aime beaucoup. Et ce qui m'a frappé, c'est qu'il y a de plus en plus de maires qui font des efforts et de villageois qui se mobilisent.

Mercredi soir, vous allez aussi dévoiler les 14 finalistes du "Monument préféré des Français". Parmi les présélectionnés, la présence du Jardin André van Beek dans l'Oise face à des géants comme l'Arc de Triomphe est surprenante.

Je pense qu'aujourd'hui les gens ont compris que dans le patrimoine, il y a aussi les jardins. Alors, c'est vrai qu'il y a des grands monuments qui sont face à des lieux plus anecdotiques. Mais après tout, c'est le choix du public et ça permet de faire une émission avec une grande diversité, une grande variété. C'est pas tellement le gagnant qui compte. Ce qui est important, c'est de montrer la variété à la télévision.

Et c'est de rappeler aussi qu'un jardin c'est un monument vivant à part entière...

Exactement !

Pour conclure, quelle est la petite fierté que vous aimeriez partager sur Le Village préféré des Français ?

Ce qui est amusant c'est que c'est la seule émission qui a son timbre, que j'ai remis à Saint-Antoine-l'Abbaye, le village qui a gagné l'an dernier. Son timbre édité voit son premier jour ce jeudi 9 juillet. Et l'année prochaine, le village qui va gagner ce mercredi aura son timbre !