Richie Kotzen, guitar hero de la programmation du Hellfest 2019

Richie Kotzen, guitar hero de la programmation du Hellfest 2019 Le guitariste virtuose aux chansons oscillant entre rock, blues et funk, a foulé la scène du Hellfest pour la première fois. Méconnu en Europe, il est pourtant une légende du rock outre-Atlantique. Rencontre avec un grand Monsieur.

Référence dans le monde du rock avec une trentaine d'albums à son actif, le chanteur Richie Kotzen a eu l'honneur de la Mainstage 1 au Hellfest le samedi 22 juin 2019. Il a su séduire le public avec son savant mélange de rock, blues, jazz et soul et sa voix chaude et rocailleuse, défendant nombre des ses hits sur scène, comme Bad Situation, War Paint ou encore, Love is Blind ainsi que son dernier single VenomIl s'est prêté au jeu de l'interview pour Linternaute.com, nous parlant de son parcours, de ses projets et de ses influences musicales avec beaucoup d'humilité, d'humour, et une grande sympathie. 

C'est la première fois que vous jouez au Hellfest, qu'avez-vous pensé de cette expérience ? 

Richie Kotzen en concert en Floride. © MediaPunch/REX Shutters/SIPA

Richie Kotzen : J'ai trouvé cela fantastique de voir autant de supers groupes en seulement une journée et sur plusieurs jours. Aujourd'hui je suis excité de croiser ZZ Top, Def Leppard et Kiss parce que quand j'étais jeune, j'avais l'habitude de m'habiller comme Gene Simmons [bassiste des Kiss], je me prenais pour lui. Il était d'une grande influence pour moi. Je n'y ai pas pensé quand je jouais sur scène, mais j'ai réalisé quand je les ai croisés dans les loges. C'était dingue. 

Comment c'était de jouer à la Seine Musicale à Paris hier soir ? 

C'était super cool de faire la première partie de ZZ Top. C'est un excellent lieu, le son est vraiment bon. Le lieu est bien construit en fonction de l'acoustique. C'était un concert amusant. 

Vous avez une bonne vingtaine d'albums à votre actif depuis que vous avez commencé à jouer en 1988… 

Je suppose que si on compte mes albums solos, les petits projets que j'ai eu et les deux groupes dans lesquels j'étais, je dirais que j'ai près de 30 albums à mon actif. Il y a eu les projets The Winery Dogs, Poison, Mr Big, Wilson Hawk, Forty Deuce, Vertú… Rien qu'avec ça, ça fait 7 albums… Et j'ai réalisé 21 albums solo.

Comment pouvez-vous être si prolifique ?

L'année 1988, c'était il y a bien longtemps et j'ai commencé jeune à faire de la musique [19 ans]. C'est la raison pour laquelle j'ai un travail conséquent derrière moi. Au final, la moyenne d'un album par an ou peut-être un peu moins, ce n'est pas tant que ça.

Vous chantez, vous jouez de la guitare, de la basse, de la batterie, du piano… Y a-t-il un instrument que j'ai oublié ? 

Je suis un as de la mandoline. Si vous me mettez une mandoline dans les mains, je saurais quoi en faire [Rires]. En fait, je sais juste comment comprendre la partie spécifique que je veux jouer en studio. J'en joue, mais si je n'y arrive pas, je peux appeler quelqu'un pour le faire à ma place. C'est dans une chanson d'un album des Winery Dogs, une face B pour le Japon. Je voulais jouer de la mandoline mais j'éprouvais de la difficulté. Et un ami m'a proposé de jouer pour moi. Je dirais que ma voix et la guitare sont mes instruments de prédilection et j'utilise beaucoup le piano pour écrire.

Richie Kotzen, guitariste virtuose et musicien multi-instrumentiste. © RM3/WENN.COM/SIPA

Quelles sont vos principales influences pour la voix ? 

Quand j'ai commencé à chanter, le tout premier chanteur qui m'a influencé était Paul Rodgers du groupe Bad Company, Rod Stewart à ses débuts, puis Terence Trent d'Arby : j'étais complètement renversé et obsédé par son album et j'ai essayé d'apprendre à chanter comme Terence. Mon TOP 3 serait Rod Stewart à ses débuts, Paul Rodgers et Terence Trent d'Arby et j'ajouterais David Coverdale [chanteur de Whitesnake] à mon TOP 5.

Un média français a supposé un jour que vous étiez une rockstar que le monde ignore. Que pensez-vous de cette formulation ?

Eh bien, je ne sais pas si c'est vrai. Certaines personnes savent qui je suis. Quand j'ai commencé, c'était vraiment difficile parce qu'il fallait avoir le soutien d'un label pour pouvoir percer. C'est pourquoi j'ai signé avec deux grands labels qui, je pensais, allaient pouvoir m'apporter un certain soutien pour trouver un public. Mais ça n'a pas été le cas et ça a mal tourné. Donc je ne peux rien faire de plus que de faire ma musique et d'être fidèle à moi-même. C'est vraiment ma seule option. 

Quelle est votre inspiration pour créer de la musique ?

Les gens et les choses que je vois, que je fais ou dont je parle, les situations que les gens traversent… 

Vos émotions ?

Oui, parfois les miennes, parfois en tant qu'observateur…Vous ne savez jamais quand l'inspiration frappe mais une chose que j'ai appris est de ne pas me forcer à faire de la musique. Je pense que la meilleure musique que je fais est celle qui se produit naturellement. Je ne suis pas du genre à dire : "Faisons une séance d'écriture !" Je ne suis pas ce genre de type. Si je connais quelqu'un personnellement, il est facile d'écrire avec lui. Et je l'ai fait avec succès. Si quelqu'un a une idée qui m'inspire, ce sera facile d'écrire avec cette personne. Mais en général, j'aime bien que l'inspiration vienne à moi, comme "Oh, là, j'ai une idée, je vais la suivre pour voir".

Que pouvez-vous nous dire de votre dernier single Venom ?

J'ai enregistré 3 chansons l'année dernière en fait. J'ai enregistré cette chanson à peu près au même moment. Je suis toujours en train d'enregistrer et d'écrire et d'enregistrer... Mais je n'avais pas assez de chansons que j'aimais suffisamment pour les mettre dans un album. Alors, j'ai préféré ne pas attendre d'avoir 10 ou 12 chansons pour en sortir un.

Avez-vous le projet de sortir quand même un nouvel album ?

Je pourrais éventuellement réaliser un nouvel album solo mais je ne sais pas quand. En attendant, plutôt que de ne rien faire, j'ai sorti quelques chansons.

Le style unique de Richie Kotzen a su séduire le pays du Soleil-Levant. © SH5/WENN.COM/SIPA

Vous jouez à travers le monde, jusqu'en Inde ou encore au Japon… Est-il vrai que les Japonais vous voient comme un Dieu vivant ou c'est une blague ?

C'est une blague ! C'est mignon mais ce n'est pas vrai ! J'ai une bonne histoire avec le Japon car à l'époque où personne ne voulait m'engager, le Japon était prêt à me faire jouer. Ah ah, c'est une belle histoire avec le Japon ! 

Vous avez joué avec les Rolling Stones là-bas ?

J'ai fait la première partie des Rolling Stones au Japon durant 6 shows en 2006 pour leur Bigger Bang Tour. C'était génial. J'étais très inquiet que ça ne se produise pas alors j'ai fait exprès de ne le dire à personne jusqu'à ce que je sache que j'étais pris pour le premier show. Avant cela j'avais peur de ne pas avoir la chance d'y être et de m'entendre dire : "il y a ce type sur scène et nous n'avons pas de première partie pour lui"... Je ne voulais pas que cela arrive.

Quels sont vos projets futurs ? Envisagez-vous une collaboration avec un autre artiste ?

Et bien, je collabore justement avec quelqu'un en ce moment, mais c'est un secret ! 

Est-ce une star du rock ?

Oui, c'est un grand nom du rock. Il joue de la guitare. Jusqu'ici nous avons 3 chansons. Nous jouons tous les deux du piano. Je ne sais pas ce qu'il va se passer mais nous verrons bien !

Prince, Stevie Wonder, Van Halen… Le rock qui vous a inspiré ne se fait plus. Pensez-vous que des icônes du rock verront le jour à nouveau ?

Je pense que l'ère des grosses rock stars comme Prince ou Michael Jackson, qui étaient d'énormes références dans la musique, pourrait être mise de côté, spécifiquement pour le rock'n'roll avec des rockstars comme Jimi Hendrix ou David Lee Roth… La raison pour laquelle je dis ça, c'est que les médias sociaux peuvent enlever la part de mystère en nous et donc je pense qu'en majeure partie, ce qui a rendu ces gens intéressants, c'est ce que vous ne saviez pas d'eux et ce qui vous restait à imaginer. Donc, si vous enlevez tout ça, vous avez la musique que vous venez de jouer, ce qui est cool évidemment, mais quand vous enlevez le côté mystique, cela tue un peu l'effet star. 

Si vous devez citer votre groupe préféré ?

J'aime beaucoup Alice In Chains, c'est un de mes groupes préférés : Jerry (Cantrell) est un ami. 

Outre votre remarquable carrière solo, y a-t-il du nouveau du côté des Winery Dogs, votre groupe de hard rock ?

Oui, nous venons de faire une tournée aux Etats-Unis. Nous étions en concert pendant un mois, 5 semaines, et nous avons fait toute la côte, de New York à Los Angeles. Et c'est juste une circonstance plutôt qu'une réelle tournée. Nous n'avons pas de nouvel album en préparation. On a fait cette tournée et ensuite on fait une pause, puis l'année prochaine, j'espère réaliser mon album solo et je sais que ces gars ont un autre groupe avec lequel ils jouent, alors ils vont réaliser un nouvel album. Alors peut-être après cela nous verrons. Nous avons quelques années devant nous... 

Richie Kotzen entouré du batteur Mike Portnoy et du bassiste Billy Sheehan du power trio The Winery Dogs. © RM3/WENN.COM/SIPA