Karim Benzema : ras-le-bol de Deschamps ? Des animosités et un grand gâchis

Karim Benzema : ras-le-bol de Deschamps ? Des animosités et un grand gâchis Karim Benzema et Didier Deschamps se détestent-ils ? A l'évidence non, mais leur relation s'est détériorée en tout début de Mondial, les deux hommes ayant eu de fortes divergences de vue sur la compétition.

Plus de Karim Benzema en équipe de France ? L'annonce du numéro 9 du Real Madrid, le 19 décembre, qui a fait savoir sur ses réseaux sociaux que son histoire avec les Bleus était "terminée" a surpris beaucoup de monde, puisque jamais le Lyonnais n'avait paru aussi fort que cette année. Mais ce départ précipité n'est pas illogique, compte tenu du niveau d'animosités accumulés ces dernières semaines entre quelques personnes, qui ont vraisemblablement eu du mal à crever tous les abcès.

A vrai dire, c'est sans doute l'histoire d'un immense gâchis, tant le talent de Karim Benzema a éclaboussé le monde du sport ces deux dernières années. Le Ballon d'Or 2022, déjà privé de Coupe du monde à cause d'une blessure, n'entend plus porter le maillot de l'équipe de France. Les amoureux du ballon rond peuvent nourrir ce regret : ne plus voir sur un terrain le trio Griezmann-Mbappe-Benzema, appelé à jouer les premiers rôles au moins jusqu'en 2024. Oui, mais voilà, pour Karim Benzema, la coupe est pleine : il ne se sent plus à sa place dans cette équipe, gérée par le staff actuel et dans un environnement où rien n'échappe à Didier Deschamps

Ce n'est d'ailleurs pas un secret : la relation entre Didier Deschamps et la star du Real Madrid est tendue depuis de nombreuses années : leur réconciliation quelques semaines avant l'Euro était très fragile. Trop pour résister aux tensions survenues avec la blessure de l'attaquant, qui aura conduit à son éviction de l'équipe de France. Karim Benzema avait dû déclarer forfait au dernier moment, après avoir été touché à une cuisse à l'entraînement, à seulement trois jours de l'entrée en lice contre l'Australie. Alors que l'on s'attendait à un retour rapide, juste après la compétition à Doha, Karim Benzema a dit stop.

Pourquoi Karim Benzema a-t-il décidé de quitter les Bleus ?

Alors, à qui la faute ? Si la défaite des Bleus lors de la finale de Coupe du monde a créé d'importants remous sur la gestion du groupe, les observateurs ont été nombreux à remettre en question les choix de Didier Deschamps sur le cas Benzema. Il manquait si peu... Et si le Ballon d'Or avait été présent ? Au fond, tout a-t-il été vraiment fait pour le préserver physiquement ? Aurait-il pu revenir durant la compétition ?

On en sait un peu davantage sur le contexte extra-sportif, et certains éléments laissent à penser que le désamour entre Karim Benzema et le staff des Bleus a trop longtemps perduré. Le Français star du Real Madrid avait déjà décidé de refuser l'invitation de la FFF et d'Emmanuel Macron pour se rendre à Doha afin d'assister à la finale des Bleus. Et la communication du joueur a fait polémique : peu de messages de soutien durant la compétition, mais surtout cette photo de lui, faisant la moue, postée la veille de la finale avec ce commentaire : "Ça ne m'intéresse pas". Si rien n'est clair dans cette manière de s'exprimer, il était déjà en revanche assez évident que la situation entre Karim Benzema et la FFF était délicate.

D'ailleurs, le très bien renseigné journal L'Equipe, qui n'est pas du genre à réaliser des dossiers sur des rumeurs, s'était permis de publier dimanche 18 décembre un article intitulé "Le 'dossier Benzema' a pollué la préparation de la finale de Coupe du monde". Selon le quotidien français, la relation entre le madrilène et Didier Deschamps se serait considérablement dégradée : le joueur aurait souhaité faire tout son possible avec le staff médical des Bleus pour être disponible avec l'équipe de France pour la phase finale de la compétition, ce que Didier Deschamps aurait refusé, considérant que la dynamique de groupe s'effectue sans les absents. C'est ce désaccord qui semble être au coeur des tensions qui, par effet boules de neige - et sans doute par mésentente ou manque de communication -, ont abouti à la rupture.

Il faut sans doute mesurer ces crispations à l'aune de l'enjeu et du contexte particulier à cet instant de la saison : selon Foot Mercato, l'équipe médicale des Bleus souhaitait effectuer un check-up complet pour Karim Benzema, afin d'avoir toutes les certitudes nécessaires sur son état de forme. Mais le joueur du Real Madrid ne souhaitait pas s'y plier. Selon le médias, le staff des Bleus aurait alors développé quelques doutes sur la sincérité du madrilène.

Didier Deschamps aurait-il pu éviter cette situation, en discutant davantage avec Karim Benzema ? En le rassurant ? En lui faisant comprendre à quel point il pouvait être précieux ? A vrai dire, ces marques d'attention, qui auraient pu changer les choses, ne sont pas vraiment dans la besace du sélectionneur, qui a d'autres outils et manières de faire pour motiver ses troupes. Et Didier Deschamps peut aussi considérer que tout est plus simple sans Karim Benzema, comme l'écrit L'Equipe dans son édition du 20 décembre. "Le projet était-il de rappeler Benzema après cette Coupe du monde, alors que Kylian Mbappé a définitivement pris le leadership sur le terrain ? Et que les deux n'ont plus guère d'affinités, après l'alliance de circonstance des débuts ? On ne le saura jamais, même si on a une petite idée. S'il prolonge avec les Bleus, le sélectionneur n'aura même pas à se poser ces questions. Il pourra reconstruire autour de la star parisienne et de la jeunesse dorée, qui n'a pas eu besoin de la lumière d'un Ballon d'Or pour briller au Qatar", peut-on lire dans les colonnes du Quotidien sportif.

"Des zones d'ombre"

De son côté, le média Relevo a révélé le 15 décembre que l'avant-centre avait été vexé par le manque d'intérêt de la FFF à son égard et par les déclarations de Didier Deschamps le concernant. Pour le consultant et ancien champion du monde Emmanuel Petit, qui s'est exprimé ce lundi 19 décembre sur RMC, "il y a des zones d'ombre". "L'équipe de France était programmée pour aller au moins jusqu'en quarts, on aurait pu prendre le pari d'aller au moins jusqu'en quarts. On aurait pu prendre le pari de le garder et de le soigner. [...] Ça me semble un peu nébuleux tout ça".

L'Equipe ajoute, et ce n'est pas une surprise, que Deschamps et Benzema n'ont jamais été "complices". Didier Deschamps aurait également été vexé de l'attitude de son joueur, qui ne l'avait pas remercié lors de son discours au moment de la remise de son Ballon d'Or.

Interrogé sur les tensions évoquées dans les médias entre lui et le Ballon d'Or, et sur le refus de ce dernier de venir soutenir les Bleus à Doha, Didier Deschamps avait eu cette réponse en conférence de presse dimanche : "Vous vous passez le mot entre journalistes étrangers ? Si je ne réponds pas, vous allez dire que je suis énervé. J'ai des joueurs qui ont été blessés avant. Karim en fait partie. Le dernier à s'être blessé, c'est Lucas Hernandez. J'ai des joueurs à gérer et vous les connaissez. Poser la question vis-à-vis de ces joueurs-là, si je peux me permettre, c'est pour le moins maladroit, voire un peu plus. (…) Je ne m'occupe pas des invitations des joueurs, anciens joueurs ou des joueurs blessés".

C'est donc désormais l'avenir de Karim Benzema en Bleus qui se pose. "Si le sélectionneur prolonge avec les Bleus, il faudra une nouvelle fois briser la glace avec KB9, comme avant l'Euro 2021, quand les deux hommes s'étaient rencontrés sur la Côte d'Azur chez Guy Stephan pour aplanir leurs différends liés à l'affaire de la sextape. Encore faudra-t-il, cette fois, que les deux parties aient envie de faire un pas l'une vers l'autre, ce qui n'est pas sûr du tout", écrit L'Equipe.

Les messages de Karim Benzema et de Didier Deschamps

Didier Deschamps avait pourtant fait connaître sa déception dans la foulée de l'annonce du forfait. "Je suis extrêmement triste pour Karim qui avait fait de cette Coupe du monde un objectif majeur. Malgré ce nouveau coup dur pour l'équipe de France, j'ai toute confiance en mon groupe. Nous allons tout faire pour relever l'immense défi qui nous attend", soulignait-il dans le communiqué de la FFF. Quelques minutes plus tard, Karim Benzema s'exprimait à son tour via un message sur son compte Instagram. "De ma vie, je n'ai jamais abandonné, mais ce soir, il faut que je pense à l'équipe comme je l'ai toujours fait, alors la raison me dit de laisser ma place à quelqu'un qui pourra aider notre groupe à faire une belle Coupe du monde. Merci pour tous vos messages de soutien".

La blessure de Karim Benzema

Samedi 19 novembre au soir, Le journal L'Équipe évoquait "une vive douleur musculaire au quadriceps gauche". Les examens passés dans la soirée dans les locaux de l'installation médicale Aspetar de Doha ont confirmé un verdict sans équivoque : "une lésion du droit fémoral, qui nécessitera un délai de convalescence de trois semaines" selon le communiqué de la fédération. C'était trop pour participer à la phase de groupes de la Coupe du monde et même hypothétiquement à une grande partie des possibles matchs à élimination directe en cas de qualification des Bleus. De quoi entériner dans la foulée un forfait. Karim Benzema est ainsi privé d'une deuxième Coupe du monde, lui qui n'avait pas participé à la Coupe du monde 2010 et au scandale de Knysna, avait atteint les quarts de finale avec les Bleus en 2014 au Brésil avant d'être écarté pour l'Euro 2016 et la Coupe du monde 2018.

Interrogé dans l'émission Téléfoot, dimanche 20 novembre, Didier Deschamps a expliqué comment Karim Benzema s'était blessé. "Ce n'était pas dans l'opposition, c'était dans le jeu, il avait fait des parties avant. Tout était sous contrôle, il passait une étape de plus, comme c'était le cas avec Varane. Ce n'était même pas sur une accélération, une frappe." Le sélectionneur a ensuite ajouté que les blessures pouvaient arriver en entraînement, qu'il ne s'agissait pas d'une rechute. "C'est un gros coup dur, bien évidemment. Karim avait tout fait. Il était en séance et sur un geste quasi anodin... voilà, c'est l'autre jambe et devant alors que c'était l'ischio sur l'autre", a détaillé Didier Deschamps.

Si le verdict médical écarte la thèse de la rechute d'une blessure aux ischio-jambiers que Karim Benzema traîne depuis plus d'un mois, lui qui n'avait quasiment pas joué en compétition avec son club du Real Madrid depuis plus d'un mois, la blessure de l'attaquant français posera nombre de questions. Fallait-il impérativement accélérer son retour pour une participation au premier match face à l'Australie mardi ? Alors que l'entraînement de l'équipe de France samedi soir à Doha, à trois jours de l'entrée en lice des Bleus mardi face à l'Australie, devait marquer une montée en puissance avec le retour très attendu de Karim Benzema et Raphaël Varane à l'entraînement collectif, après plusieurs jours à l'écart marqué par des soins et des exercices visant à les remettre sur pied et les rassurer avant le premier match, ce galop d'essai a donc finalement tourné à la catastrophe. Selon RMC Sport, l'ancien Lyonnais ne s'est pas blessé lors d'un choc ou un contact avec un partenaire, mais suite à une course, ressentant immédiatement une "vive douleur" à la jambe gauche.

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