Noël Le Graët : il dément les accusations et "accuse" la ministre des Sports

"Noël Le Graët : il dément les accusations et "accuse" la ministre des Sports"

Noël Le Graët : il dément les accusations et "accuse" la ministre des Sports Sous la menace de la justice française, Noël Le Graët vise la ministre des Sports qui s'est défendue dans un long communiqué.

[Mis à jour le 18 janvier 2023 à 11h20] Noël Le Graët est désormais sous la menace de la justice française. L'AFP a rapporté mardi 17 janvier qu'une enquête a été ouverte pour harcèlement moral et sexuel. Selon Le Monde, l'ouverture d'une procédure résulte du témoignage de Sonia Souid, agente de plusieurs joueuses internationales françaises, recueilli par les auditeurs de l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR). L'IGESR ayant par la suite effectué un signalement à la justice.

Le parquet de Paris a confirmé auprès de l'AFP l'ouverture d'une enquête préliminaire, les investigations ont été confiées à la Brigade de répression contre la délinquance aux personnes. L'enquête porterait également sur de nombreux autres témoignages publiés par la presse.

Après cette annonce, le dirigeant breton n'a pas tardé à réagir. Il dément dans un communiqué rédigé par ses avocats et transmis à l'AFP "toutes (les) accusations de harcèlement moral ou sexuel" . S'il s'étonne également d'apprendre cette information via la presse, il rejette toutes les accusations et dénonce les interférences de la ministère des Sports ainsi que la pression politique autour de cette "affaire".  

Face aux "accusations", la ministre des Sports n'a pas non plus tardé à réagir et s'est défendue de tout acharnement dans un long communiqué : 

"J'ai appris par voie de presse aujourd'hui l'ouverture de cette enquête, explique-t-elle. Il appartient désormais à la justice de faire son travail et de décider des suites à donner. Je n'ai ni reçu, ni commenté, ni qualifié les éléments qui lui ont été transmis en toute indépendance par l'IGESR et dont le parquet a jugé qu'il devait se saisir. Et il ne m'appartient pas plus de commenter cette décision judiciaire. Chacun son rôle, ses responsabilités, c'est un principe auquel je suis très attachée. Les déclarations que j'ai faites la semaine dernière concernaient la faillite établie de Noël le Graët dans sa fonction de représentation de la Fédération, je les assume et les maintiens.

La mission d'inspection conduite par l'IGESR poursuit ses travaux sur les champs qui demeurent de sa compétence, de façon là aussi indépendante, avec méthode, et les finalisera dans les délais annoncés, dans le respect du contradictoire et des droits des parties, comme c'est le cas depuis le début de cet audit.

Noël le Graët est un justiciable comme un autre. Il est libre d'organiser sa défense comme il le souhaite, mais ses tentatives de diversion ne duperont personne. Je ne me laisserai pas mettre en cause."

Le Graët "lourdingue" et très insistant ?

Les premières accusations contre Noël Le Graët remontent à plusieurs mois déjà et ont été relayées notamment par le journaliste indépendant Romain Molina et So Foot en septembre 2022. S'appuyant sur de nombreux témoignages, l'enquête du magazine mentionnait des SMS "sexuels" qui auraient été envoyés par Noël Le Graët à de jeunes femmes, avec des proposition explicites : "Je préfère les blondes, donc si ça vous dit…" ; "Vous êtes drôlement bien roulée, je vous mettrais bien dans mon lit !"

Ces SMS auraient été envoyés à des collaboratrices actuelles ou passées qui témoignaient alors de façon anonyme dans le mensuel. "C'est bien simple, il saute sur tout ce qui bouge", expliquait notamment une ancienne administrative. "Tout le monde est au courant à la Fédération", racontait encore la source, "cela fait bien dix ans que ça dure". Selon So Foot, plusieurs femmes ont été amenées à démissionner ces dernières années, car elles se sentaient "harcelées sexuellement, mais aussi moralement".

Radio France a également dévoilé mercredi 12 octobre d'autres témoignages accablants pour le président de la FFF. "Avec moi, Noël Le Graët était vraiment lourdingue, confiait une témoin. Il me disait qu'il voulait me ramener chez lui. Il ne m'envoyait pas de SMS. À cette époque, ce n'était pas un pro du téléphone. Mais c'étaient des invitations à répétition pour venir dîner avec lui." Elle affirme, toujours selon la radio publique, qu'un jour, le président de la FFF lui a dit : "S'il se passe quelque chose entre nous, ne vous inquiétez pas, personne ne le saura."

Le témoignage de Sonia Souid

Le mardi 10 janvier, Sonia Souid, agent de joueurs, a pris la parole face découverte dans les médias et notamment dans L'Equipe. Très émue, elle a dénoncé à son tour l'attitude déplacée de Noël Le Graët a plusieurs reprises. Dans un long entretien, elle raconte la "drague permanente" qu'elle aurait subie alors qu'elle ne rêvait que d'une chose, "faire son métier et promouvoir le football féminin".

Noël Le Graët aurait notamment profité de sa situation pour l'attirer chez lui, prétextant une rencontre avec Brigitte Henriques, en charge du foot féminin à la FFF. Enthousiaste, Sonia Souid explique que cette dernière ne viendra finalement jamais au rendez-vous et qu'elle devra composer avec un Le Graët séducteur, dans son appartement, avec deux coupes de champagne.

"Je suis décontenancée. C'est quand même le président. Je suis déçue. J'ai dû changer de couleur. Je suis partie, lui disant que j'allais rejoindre mon fiancé. Il m'a laissée partir. Après, il m'a appelée régulièrement pour m'inviter à dîner...", explique-t-elle aujourd'hui. "J'ai des messages vocaux, et quelques messages SMS : ''Est-ce que vous êtes disponible demain soir ? J'insiste.'' Ou encore il m'écrit : ''Vous me manquez''. Il veut m'inviter à des matches : des excuses pour me voir", ajoute-t-elle. Des accusations reprises sur BFMTV.

Noël Le Graët : "Il n'y aura rien contre moi"

Dès les révélation de So Foot, la FFF a attaqué pour diffamation le magazine. Le mercredi 26 octobre, dans une très longue interview auprès du Parisien, le président de la FFF Noël Le Graët avait rejeté toutes les accusations et dénoncé une cabale contre lui. "Ce ne sont pas des accusations, mais des rumeurs qu'on fait circuler sur la base de témoignages anonymes. Je démens totalement et fermement. Je n'ai jamais harcelé personne", lançait-il fermement dans un premier temps.

Et d'avancer la thèse d'un complot contre lui pour le faire tomber. "J'ai la faiblesse de le penser. C'est tellement absurde. J'ai essayé de chercher un visage, une personne… Pendant plusieurs jours, mon nom a été jeté en pâture. On m'a affublé de tous les maux. J'ai pris une vague en pleine face. Avec le tribunal Twitter, certains procureurs médiatiques, cela devient une horreur. Trop, c'est trop. Cela me blesse terriblement aujourd'hui…"

A la sortie du Comex du 11 janvier qui a acté sa mise en retrait, Eric Borghini, membre de ce dernier a indiqué que Noël Le Graët avait de nouveau juré n'avoir rien fait. "Nous sommes allés au fond des choses. On a commencé par écouter notre président, qui a commencé le Comex en nous disant 'je n'ai rien fait, je jure sur votre tête à tous que je n'ai rien fait et que le rapport de l'audit sera très positif pour moi, il n'y aura rien contre moi'. Noël Le Graët aurait lui-même proposé de se mettre en retrait, jusqu'à ce que le rapport d'audit soit étudié par le comité exécutif.

Un scandale de harcèlement sexuel plus large à la FFF ?

Le cas Le Graët est-il le symptôme de dérives plus larges au sein de la Fédération française de football ? Dans une vidéo partagée sur Youtube le 16 septembre dernier, le journaliste indépendant Romain Molina expliquait que divers abus subis au sein de la FFF avaient été passés sous silence pendant des décennies. Il évoquait des faits supposés ayant commencé dans les années 1980 avec Francis-Pierre Coché, qui était alors le sélectionneur de l'Équipe de France féminine et aurait harcelé sexuellement des joueuses pour qu'elles puissent intégrer l'équipe de France.

"Les administrations se sont succédé, les dirigeants se sont succédé, mais au final, c'est quasiment le même système d'étouffer les affaires", expliquait alors le chroniqueur. Il prenait l'exemple de l'entraîneuse Angélique Roujas, qui a été licenciée par la FFF pour avoir profité de mineures. Selon Romain Molina, toutes les personnes de la FFF étaient au courant à l'époque, mais la dirigeante était pourtant parvenue à garder ses licences d'entraîneur et a été mise à la porte de longues années après les faits.

Romain Molina souligne aussi depuis plusieurs mois que des dirigeants de la FFF ont été mis au courant de ces agissements, mais que personne n'a fait quoi que ce soit. Ainsi, Brigitte Henriques, numéro 2 de la Fédération, aurait assuré à une joueuse qu'elle ne pouvait rien faire. L'auteur de l'enquête assure que certaines familles et certains joueurs n'ont pas osé parler par crainte.

D'autres, membres de clubs amateurs ou familles de membres, ont adressé des mails et des lettres pour des cas de pédocriminalité à la FFF. Selon le journaliste, ils n'ont, en retour, reçu ni assistance ni réponse. La Fédération française de football n'aurait pas informé les ministres des Sports et les autorités compétentes des faits qui lui ont été confiés. "Si ça va jusqu'au bout, on va se rendre compte que la Fédé, évidemment, était au courant et a failli à sa mission de service public", assure Romain Molina.

Pourquoi un audit a été lancé autour de la FFF et Noël Le Graët ?

Pour le moment, le président de la FFF est juste mis en retrait jusqu'à la publication d'un audit lancé par le ministère des Sports il y a quelques semaines. Cette enquête doit donner des réponses sur le fonctionnement et les méthodes de management au sein de l'institution après la publication par le magazine So Foot d'une enquête sur les fameux dysfonctionnement à l'intérieur de la FFF . Les conclusions de ce rapport sont attendues d'ici la fin du mois de janvier. "On aura des conclusions qui sont plutôt autour de la fin janvier qui nécessiteront ensuite d'avoir une étape contradictoire avec les dirigeants de la FFF, on aura une restitution plutôt autour de la mi-février" a expliqué la ministre des Sports en décembre 2022.

Par ailleurs, les inspecteurs en charge de l'audit mené au sein de la (FFF) et commandé par le ministère des Sports ont émis, vendredi 13 janvier, un signalement au procureur de la République de Paris relevant d'outrages sexistes, provoquant un nouveau type de procédure car les actes sont désormais répréhensibles par la justice française.

La polémique Zinedine Zidane, le dérapage de trop ?

Déjà critiqué à la tête de la FFF à bientôt 82 ans, Noël Le Graët n'a pas survécu à un entretien accordé à RMC Sport dimanche 8 janvier. Au micro de "Bartoli Time", le président de la fédération avait commenté la reconduction de Didier Deschamps en tant que sélectionneur de l'équipe de France et jugé la rumeur Zidane infondée pour prendre la tête des Bleus. "Je ne l'aurais même pas pris au téléphone", avait lâché un Le Graët visiblement agacé et en roue libre quand il s'est agi de commenter l'avenir de Zizou et son éventuel départ pour le Brésil. "Zidane au Brésil ? Je n'en ai rien à secouer, il peut aller où il veut ! Il peut aller où il veut, dans un club. En sélection, j'y crois à peine en ce qui le concerne."

Quelques minutes après ses propos, Kylian Mbappé lui-même avait défendu Zinedine Zidane dans un tweet cinglant au milieu d'un tollé général contre le président de la Fédération : "Zidane c'est la France, on manque pas de respect à la légende comme ça." Une réaction qui sera saluée par de nombreuses personnalités, laissant entrevoir une ambiance probablement délétère au sein de la FFF. La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra ne manquera pas non plus de recadrer Noël Le Graët. "Déclarations à nouveau hors sol avec en prime cette fois un manque de respect honteux, qui nous heurte tous, à une légende du foot et du sport : un 'président' de la première fédération sportive de France ne devrait pas dire ça, a estimé la membre du gouvernement. Des excuses pour ce mot de trop sur Zinédine Zidane s'il vous plaît."

"Lassitude, pour ne pas dire exaspération", pour Oudéa-Castéra

Face à la polémique, le président de la FFF avait publié un communiqué lundi 9 janvier auprès de l'AFP, parlant de propos maladroits et présentant ses excuses à Zinedine Zidane. "Je tiens à présenter mes excuses pour ces propos qui ne reflètent absolument pas ma pensée, ni ma considération pour le joueur qu'il était et l'entraîneur qu'il est devenu. J'ai accordé un entretien à RMC que je n'aurais pas dû accorder car il cherchait la polémique en opposant Didier à Zinedine Zidane, deux monuments du football français. J'admets avoir tenu des propos maladroits qui ont créé un malentendu. Zinedine Zidane sait l'estime immense que je lui porte, comme tous les Français", écrira Noël Le Graët. Selon une information du Parisien, le président de la FFF devait appeler le champion du monde pour expliquer ses propos et de nouveau s'excuser.

Ces excuses n'auront sans doute pas suffi. La ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra dénoncera des "mots sont inquiétants tant ils montrent que c'est possible que ça disjoncte à nouveau à l'avenir" et exprimera "une forme de lassitude, pour ne pas dire exaspération, à l'égard de propos qu'on ne veut plus entendre et d'attitudes qu'on ne veut plus voir", soulignant la "dimension de représentation essentielle" du président de la FFF et une "faillite, avec une parole qui flanche, une parole en roue libre, parfois gravement, de façon répétée". Suivie par d'autres membre du gouvernement et de la majorité, la ministre ajoutera que "ces sorties de route successives nuisent à l'image de notre pays" et que "nos grands joueurs méritent mieux que ce qu'ils ont aujourd'hui à la tête de leur fédération". Une pression qui n'offrait que peu de choix au Comité exécutif.

Pour le ministère des Sports, l'enquête interne permettra de "montrer que la FFF ne fait pas rien, notamment en matière de contrôle d'honorabilité des encadrants dans les clubs dans le cadre de la protection des licencié(e)s et de la lutte contre toutes les formes de violences et d'exclusions, qu'il ne faut pas oublier, tant en termes de prévention que d'actions". Quant à celle de la justice, elle pourrait aller bien plus loin dans les sanctions.

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