Thierry Henry : l'entraîneur adjoint de la Belgique dans l'embarras

Thierry Henry : l'entraîneur adjoint de la Belgique dans l'embarras HENRY - Thierry Henry a fait les beaux jours de l'équipe de France. Désormais, il est entraîneur adjoint de la Belgique qui va affronte les Bleus en demi-finale de Coupe de monde. Une situation inconfortable, surtout quand son père s'en mêle...

[Mis à jour le 10 juillet 2018 à 19h44] Cela aurait pu être une anecdote amusante dans un match entre deux équipes qui s'apprécient et se respectent mutuellement et dont les joueurs se côtoient sur les terrains de toute l'Europe depuis des années. Mais voilà. Pour cette cette demi-finale de Coupe du monde entre la France et la Belgique ce soir, un Français sera sur le banc de l'adversaire : vingt ans après avoir remporté cette Coupe du monde tant désirée avec les Bleus, Thierry Henry va officier ce soir en tant qu'entraîneur adjoint de la sélection belge - dirigée par Roberto Martinez.

Et cette situation, pourtant loin d'être exceptionnelle, est en train d'être montée en épingle par les commentateurs de tous bords. Le plus virulent d'entre-eux, le chroniqueur de TPMP Gilles Verdez, a ainsi indiqué que Thierry Henry "devrait se mettre en retrait pour ce match". "On est d'abord des Français avant d'être des footballeurs. [...] Il va lutter contre la France, Thierry Henry, après tout ce que la France lui a donné ?", s'est exclamé le collaborateur de Cyril Hanouna sur C8 chez sa petite cousine CNews. De quoi être sèchement renvoyé dans les cordes par un ancien champion du monde 98, Emmanuel Petit, qui a tenu à défendre son ancien coéquipier. "Vous vous rendez compte que certaines personnes ont traité Thierry Henry de traître ? Comment peut-on dire une chose pareille ?", s'est interrogé l'ancien milieu de terrain sur RMC. "On est dans un climat anxiogène, il y a une énorme montée du nationalisme et maintenant on t'oblige à choisir un camp. A droite ou à gauche, etc. J'en ai plus que marre d'entendre ça !"

Chanter ou pas la Marseillaise, le dilemme pour Thierry Henry ?

Evidemment, le moment des hymnes en amont du match de ce soir a lui aussi fait l'objet de commentaires, frôlant parfois le malaise. Alain Boghossian, champion du monde en 1998 aux côtés de Thierry Henry prédit un certain moment de flottement.  "Lors des hymnes, il ne va pas trop bien comprendre. A mon avis, il va se poser des questions, là, il va se rappeler ce qu'il a fait avec l'équipe de France", a-t-il confié au journal L'Equipe. Ce à quoi Emmanuel petit a de nouveau répondu sur RMC. "Concernant les hymnes, en quoi cela pose un problème s'il chante La Marseillaise, même s'il est dans le staff des Belges ? Toutes ses polémiques me rendent fou…"

Un point de vue que partage, avec plus de flegme, Kevin De Bruyne, l'un des milieux offensifs les plus dangereux de la Belgique. Quand il a été interroger sur l'attitude que devait adopter Thierry Henry ce soir, l'un des bourreaux du Brésil  a joué la carte de la sagesse : "Il ne m'a rien dit, mais je trouverais normal qu'il chante la Marseillaise", a indiqué Kevin De Bruyne. "Pour, lui ce sera peut-être un peu difficile, mais il travaille pour la Belgique maintenant, il veut qu'on gagne", a assuré le joueur.

Le père de Thierry Henry tacle Deschamps, Mbappé, Domenech...

Le contexte déjà délicat autour de ce France - Belgique a été renforcé ces dernières heures par des propos tenus par le père de Thierry Henry, Tony Henry, sur Facebook (voir la vidéo ci-dessus). Alors qu'il s'entretenait avec Brother Jimmy, un ancien chanteur guadeloupéen lors d'un Facebook Live hier, ce dernier a eu des mots durs envers plusieurs membres de l'équipe de France, à commencer par son sélectionneur. Le père de Thierry Henry a en effet publiquement regretté le schéma de jeu imposé aux Bleus par Didier Deschamps.  "Quelle équipe a mis plus de but en Coupe du monde ?  Ce n'est pas la France", à lâché Tony Henry sur le réseau social. "Deschamps va jouer en contre. On est une machine de guerre et on ne va jouer que le contre. Arrête ton cinéma !", a-t-il déploré comme pour regretter la sous-exploitation du potentiel tricolore par le sélectionneur.

Mais Tony Henry ne s'est pas arrêté là. Kylian Mbappé, souvent comparé dans son style de jeu à Thierry Henry, en a également pris pour son grade, alors qu'il est devenu une véritable star dans cette Coupe du monde. "Moi j'aimerais que Mbappé fasse la moitié de la carrière de Thierry Henry. Il aurait réussi sa carrière", a-t-il déclaré, comme pour minimiser les comparaisons flatteuses envers l'ancien attaquant des Bleus.

Tout à son passage en revue des tares de cette équipe de France, le père de Thierry Henry n'a pas manqué de remonter dans le passé et d'égratigner Raymond Domenech lui aussi, l'ancien sélectionneur dont les relations étaient, on le sait, tendues avec Thierry Henry. Evidemment, c'est l'épisode du bus de Knysna lors du Mondial 2010 qui a été commenté. Pour Tony Henry, son fils "aurait parlé, tout le monde aurait embrayé". Autrement dit Thierry Henry avait le pouvoir de raisonner les joueurs de l'équipe de France en grève à l'époque. "Mais Domenech a pris Thierry pour un 'boloko' ("couillon" en créole). Il ne parlait même pas à Thierry. Et tu veux que Thierry l'aide ? Il appelle Thierry, il ne le fait pas jouer, il raconte des bêtises et Thierry va aller sauver sa tête ? Non ! Thierry, il a dit : 'Moi papa, je m'en fous, il se démerde !'", a conclu le patriarche décidément très bavard.

La situation "pas évidente" pour Thierry Henry

Alors que le principal intéressé ne s'est pas publiquement exprimé, d'autres joueurs et anciens joueurs ont pris la parole sur le cas Thierry Henry. C'est le cas de Didier Deschamps, l'un des acteurs principaux de cette tragédie qui va se jouer ce soir à Saint-Petersbourg. Le sélectionneur des Bleus, qui retrouvera son ancien partenaire, ne le cache pas, "ça fait bizarre" pour tout le monde. "Oui, ça fait bizarre, parce qu'il est français et qu'il va être sur le banc de l'adversaire. Pour lui aussi je pense que ça va être bizarre", a-t-il confié dans Téléfoot.

"La situation n'est pas évidente pour lui, a également déclaré Didier Deschamps en conférence de presse à la veille de la rencontre. "Parfois, il arrive qu'en club, on revienne jouer contre un homologue français en l’occurrence. Là, c'est encore un cran au-dessus, il sera en face de son pays, sa nation", a poursuivi celui qui a côtoyé le jeune Thierry Henry chez les Bleus. "Mais il savait très bien qu'en rejoignant l'encadrement de la Belgique, cela pouvait être un cas de figure. C'est avec grand plaisir que je vais le revoir", a conclu Deschamps.

Autre commentaire très attendu : celui d'Olivier Giroud. L'actuel attaquant des Bleus est, comme Thierry Henry un ancien Gunner. Et on sait qu'outre-Manche le chroniqueur henry n'a pas toujours été tendre avec le footballeur Giroud. "C'est sûr que j'aurais préféré qu'il soit avec nous et nous donne ses conseils, à moi et aux autres attaquants, mais il ne faut pas être jaloux, ça ne me choque pas du tout, c'est normal dans sa carrière", a expliqué, beau joueur celui qui sera sur le terrain côté Bleu ce soir. "Mon boulot est d'être bon sur le terrain, de représenter au mieux l'équipe de France, la faire avancer, gagner, et bien sûr je serais fier de pouvoir montrer à Titi qu'il a choisi le mauvais camp", s'est tout de même permis de lâcher Olivier Giroud.

Thierry Henry entraîneur

Pourquoi le cas Thierry Henry est-il si épineux ? L'attaquant qui a fait les beaux jours des Bleus a pris sa retraite sportive en 2014 après quatre années à l'attaque des New York Red Bulls et une ultime pige dans son club de cœur, Arsenal. Immédiatement ou presque, il sera engagé comme consultant pour la chaîne anglaise SkySports, avec un salaire annoncé de 5 millions d'euros par an, le plus important pour un ancien joueur à la télévision ! Mais Thierry Henry, veut revenir très vite sur le terrain, ou en tout cas sur le bord de la pelouse. Il débute en 2015 une formation accélérée d'entraîneur au pays de Galles et obtient son diplôme en mars 2016, auprès de l'UEFA. Thierry Henry est alors officiellement "entraîneur A", autrement dit susceptible de coacher une équipe qualifiée en Coupe d'Europe.

Dès lors, la question d'un premier club à entraîner se pose. Thierry Henry se tourne évidemment vers Londres et les Gunners. Il y a entraîné ponctuellement l'équipe des moins de 16 ans, en 2015. Alors qu'il lorgne cette fois sur le banc des U18 d'Arsenal en juillet 2016 et propose ses services bénévolement, sa demande n'est pas acceptée par Arsène Wenger. D'anciens joueurs comme William Gallas s'en émeuvent, en vain... Mais il ne faudra pas attendre longtemps pour qu'une autre proposition attire l'attention de Thierry Henry. 

Thierry Henry dans le staff de la Belgique

En août 2016, Thierry Henry accepte de devenir le deuxième adjoint de Roberto Martínez, le sélectionneur de l'équipe nationale de la Belgique. "Quand tu essayes de devenir coach, tu attends une offre. J'ai trouvé que celle de la Belgique était alléchante. Et bien proposée. (...) C'était le seul moyen pour moi de m'exprimer. Et, à un moment donné, c'était difficile à refuser", confiait-il dans un entretien accordé à L'Equipe en février 2017. Contrairement aux Diables rouges, surnom des joueurs de la sélection belge, la France ne lui a pas proposé ce rôle, pas plus qu'un autre.

Une version confirmée par Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football (FFF). Une institution dont Thierry Henry n'est pas proche, et il semblerait que la faute soit partagée d'un côté comme de l'autre. "On l'a un peu perdu de vue, il a peu de contacts avec la Fédération. C'est la vie qui est comme ça. (...) J'ai très peu de contact pour ma part", a avoué le dirigeant auprès de l'AFP.

Un club de Ligue 1, l'AS Saint-Etienne, aura bien tenté une approche de l'entraîneur en devenir, mais trop tard. Bernard Caiazzo a récemment confirmé qu'il s'est "renseigné pour savoir si c'était possible à l'été 2017", mais dit avoir " compris assez vite que c'était inenvisageable". Rien de plus normal selon le dirigeant stéphanois: "Il aurait fallu être fou pour quitter la Belgique à un an de la Coupe du monde. L'expérience qu'il est en train de vivre est fabuleuse". Trop tard, donc, pour la France.

Et force est de constater que la mission confiée à Thierry Henry au sein de la sélection est une réussite. "Thierry Henry joue un rôle extrêmement important auprès de Martinez. Il lui demande son avis régulièrement, il l'écoute. Je pense que certaines variantes tactiques sont à mettre au crédit de Thierry Henry", a déclaré Jean-Marie Pfaff, ancien glorieux gardien de but belge, avec qui les Diables rouges étaient parvenus jusqu'en demi-finales de la Coupe du monde 1986.

La main de Thierry Henry, début d'une brouille avec la France ?

C'est le 19 novembre 2009 que la rupture entre Thierry Henry et l'équipe de France a débuté. Ce jour-là, la France en difficulté joue un match de barrage pour la coupe du monde 2010 face à l'Irlande. Menés au score, les Bleus égalisent à la 103e minute grâce à un but de William Gallas sur une passe décisive de la main de Thierry Henry. L'arbitre n'a rien vu. Thierry Henry part en Afrique du Sud avec sur le dos l'étiquette d'un vulgaire tricheur en lieu et place de celle du sauveur de la nation. La France devra débuter son Mondial coupée de son public et entourée de suspicion. Et la suite sera pire encore.

Thierry Henry et l'équipe de France 2010

Le drame de Knysna, du nom de la ville qui accueillait le camp de base de l'équipe de France lors de ce premier Mondial en terre africaine, va marquer l'histoire de l'équipe de France. La débâcle sur le terrain, accompagnée d'une grève des joueurs, refusant de sortir d'un bus un après-midi maudit, sera le coup de grâce pour la carrière de Thierry Henry sous le maillot bleu. Cette grève, l'attaquant français n'en était pas l'instigateur. Mais Domenech et une partie du staff attendaient semble-t-il de lui qu'il prenne la parole pour ramener le calme dans les esprits. Il n'en sera rien. Depuis ce jour, le natif des Ulis (Essonne) n'a jamais recroisé la route de l'équipe nationale de son pays. A Saint-Pétersbourg, après avoir été le futur espoir, l'attaquant vedette et la star déchue, Thierry Henry en sera l'adversaire.

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