[Mis à jour le 16 octobre 2018 à 10h11] Diffusé ce lundi 15 octobre, le téléfilm "Ils ont échangé mon enfant" a permis aux téléspectateurs français de découvrir l'incroyable histoire de Sophie Serrano et de sa fille, Manon Serrano, échangée à la maternité. Comment Manon a-t-elle vécu cette enfance si particulière ? 

Il n'est pas forcément facile de découvrir que sa maman n'est pas sa mère biologique, comme ce fut le cas de Manon Serrano, dont l'histoire vraie a été adaptée sur TF1 dans le téléfilm "Ils ont échangé mon enfant". Cela a été difficile à vivre pour la jeune femme qui affirme chez Ouest France qu'elle a dû apprendre à "vivre avec" malgré une période très douloureuse où elle a eu l'impression qu'on lui avait "volé [s]on enfance."

Titulaire d'un BTS de management des unités commerciales, Manon Serrano s'est ensuite réorientée pour devenir chargée de ressources humaines. Après avoir appris que Sophie Serrano n'était pas sa mère biologique, Manon a eu l'occasion de retrouver sa famille biologique grâce à l'aide de la gendarmerie. "Je ressens de la joie de voir de qui je tiens mes cheveux, la couleur de mes yeux, la forme de mon nez… Une joie mêlée de confusion, car ils sont des étrangers pour moi. De son côté, Sophie, la mère qui m'a élevée, est très émue elle aussi de découvrir une petite fille semblable à elle, mais avec qui elle n'a rien à voir", confiait alors la jeune femme à Ouest France.

Manon Serrano n'a plus de contact avec sa famille biologique

En 2006, au moment où la bévue de la clinique en charge de l'accouchement est découverte, grâce à des tests ADN effectués par sa mère, Manon Serrano a un peu plus de 10 ans. Le choc est violent. Malgré l'insistance de Sophie Serrano, elle refuse d'abord de voir sa famille biologique, qui habite à quelques kilomètres. La rencontre de Manon avec ses "vrais parents" aura pourtant bien lieu, pleine d'émotion, comme on peut le voir dans "Ils ont échangé mon enfant" sur TF1. Les deux familles continueront à se côtoyer, notamment pour préparer le procès, une longue procédure de huit années que Manon Serrano avouera avoir très mal vécu. Puis les ponts seront finalement coupés. 

Les relations s'étaient-elles tendues dans cette situation intenable pour les deux familles ?  "Au contraire !", répondra Manon Serrano à un média réunionnais dès 2014, lors du procès contre la clinique qui a procédé à l'échange d'enfant. "Pour le bien de tous, nous avons préféré nous éloigner progressivement les uns des autres pour reprendre le cours de notre vie du mieux qu'on le pouvait et retrouver une certaine stabilité", résume la jeune femme. "On a arrêté de se voir avec l'autre famille. Naturellement. Le temps nous a montré que chacun avait besoin de retrouver une certaine stabilité", avait également expliqué Manon Serrano à Ouest-France.

Sophie et Manon Serrano "fusionnelles"

La stabilité, il faudra que Manon Serrano se batte pour la trouver... En marge du procès, Manon Serrano parle aussi dans les médias de ces jours difficiles au collège ou au lycée, quand il s'agit d'évoquer son arbre généalogique lors des cours de langues ou les questions d'ADN en sciences. "Je refuse de faire l'exercice. C'est compliqué de l'expliquer à ma prof. Elle n'est pas au courant de la situation. Ne me croit pas", explique-t-elle encore à Ouest-France en 2015.

Malgré une adolescence difficile, Manon Serrano restera toujours très proche de sa mère, au point de décrire leur nouvelle relation comme "fusionnelle". "Au lieu d'entrer en conflit avec mes parents comme les adolescents normaux, je fais le contraire. Je m'enferme dans une bulle avec ma maman, mais entre en guerre avec le reste du monde, mes amis, mes profs… Je refuse toute autorité, tout conseil", se souvient par exemple la jeune femme dans le quotidien régional.

Manon Serrano "a appris à vivre avec"

Rester avec sa mère (qui a divorcé de son père et a coupé les ponts avant l'affaire) aura finalement aidé Manon Serrano à ne pas sombrer. Il y a quelques années, dans divers médias qui s'étaient emparés de l'affaire de cet échange de bébés, elle déclarait encore avoir réussi à "vivre avec" et donc, avoir pu continuer sa vie.

Et cela signifiait aussi de solder cette affaire d'échange de bébés devant la justice, point de départ de la reconstruction. En 2015, la clinique responsable sera condamnée à verser 1,88 million d’euros à chacune des familles (400 000 euros par enfant échangé, 300 000 euros par parent concerné ainsi que 60 000 euros pour les frères et sœurs).
Photo : Manon Serrano et sa mère Sophie en 2015 - Lionel Cironneau/AP/SIPA

Vidéo Ils ont échangé mon enfant

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