La France possède certains territoires qui sont peu connus. C'est le cas d'une île subantarctique de l'océan Indien. Elle est considérée comme l'une des îles les plus isolées au monde, faisant partie des plus éloignées de tout habitat permanent. Appartenant aux TAAF, les Terres australes et antarctiques françaises, elle s'étend sur 58 km². Sa plus proche voisine est l'île Saint-Paul à 91 km au sud, dont l'accès est interdit pour des raisons environnementales. L'île Amsterdam est volcanique, mais est aussi un havre de biodiversité : elle est notamment réputée pour ses oiseaux marins, comme l'Albatros, et ses otaries. C'est aussi le seul endroit au monde où pousse un petit arbre appelé Phylica arborea.

Cet endroit n'est toutefois jamais totalement inhabité : une vingtaine de personnes y résident, mais pas en permanence, ils se succèdent pour différentes missions scientifiques, et ce sans discontinuité depuis 1949. La base scientifique Martin-de-Viviès a, en effet, été installée cette année-là pour étudier la météorologie dans cette partie du monde. Elle s'est ensuite élargie à d'autres domaines de recherches. Son isolement et l'éloignement de toute activité humaine en font l'une des deux seules bases au monde pouvant mesurer la pollution de fond de l'atmosphère. L'observatoire est situé à 2 km de la base pour éviter d'être pollué par les activités de cette dernière. Placé sur une falaise de 70 mètres, il est appelé "pointe B", en hommage à Bénédicte Ardouin, scientifique chargée du projet.

Les gaz à effet de serre y sont notamment surveillés. La concentration en CO2 y est mesurée depuis 1980, et ce sans interruption. "Mes collègues chimistes me disent que lorsqu'un incendie de brousse se déclare en Afrique, ils parviennent à l'identifier depuis Amsterdam", a déclaré David Renault, directeur de l'Institut polaire français Paul-Émile Victor, pour le Journal du CNRS.

Un incident s'est toutefois produit l'an dernier sur l'île et a obligé à mettre les instruments de mesure à l'arrêt : elle a dû être évacuée en raison d'un feu de végétation. 55% de l'île a été détruite par les flammes ainsi que certaines infrastructures, notamment les réseaux de câbles électriques. Fin avril suivant, une équipe de 14 personnes a réinvesti les lieux une fois les installations vitales remises en état.

"On perd plusieurs mois de données. Cela fait 45 ans qu'on suit en permanence les concentrations de CO2, ça fait 45 ans qu'il y a des jeunes ingénieurs et scientifiques qui se relaient pour passer une année là-bas pour faire les mesures de cette série unique dans l'hémisphère sud", avait déploré Michel Ramonet, chercheur du CNRS, auprès de Radio france. L'île d'Amsterdam est donc bien plus qu'un territoire perdu au milieu de l'océan : c'est un lieu de recherche mondiale et où les scientifiques s'affairent à protéger, voire restaurer la biodiversité.