Dès le plus jeune âge, les résultats scolaires des enfants peuvent être influencés par leur milieu social. Au fil des ans, les écarts ont tendance à se creuser entre les élèves, comme le souligne l'Observatoire des Inégalités. Pour comprendre l'origine de ces différences, deux chercheurs américains, Betty Hart et Todd Risley, ont mené une expérience marquante. Ils ont suivi 42 familles de différents milieux sociaux pendant deux ans et demi.
Chaque mois, ils ont enregistré les conversations quotidiennes entre les parents et leur enfant, depuis ses premiers mots vers l'âge de 10 mois jusqu'à ses 3 ans. En comptant minutieusement chaque terme employé, les scientifiques ont fait une découverte stupéfiante.
À l'âge de 4 ans, un enfant de milieu favorisé a entendu en moyenne 45 millions de mots. Ce chiffre tombe à 26 millions dans les familles ouvrières, et à seulement 13 millions dans les foyers les plus précaires. Les chercheurs ont appelé ce phénomène "le fossé des 30 millions de mots".
Cette différence de vocabulaire ne s'arrête pas aux portes de la maternelle. Les deux chercheurs ont continué à suivre ces enfants jusqu'à leur entrée en classe de CE2, aux alentours de leurs 10 ans.
La science a récemment nuancé ces résultats pour rassurer les parents. Selon les travaux de Rachel Romeo, chercheuse et professeure à l'Université du Maryland, le simple nombre de mots entendus ne fait pas tout. L'élément le plus important réside plutôt dans "les tours de parole".
Ce qui compte vraiment, ce sont les conversations interactives. Lorsqu'un enfant babille ou pose une question et que le parent lui répond, un véritable échange s'installe. Les scanners cérébraux montrent d'ailleurs qu'un parent qui prend le temps de répondre aux initiatives de son enfant, même avec des mots simples et même en étant fatigué, stimule le développement des zones du cerveau liées au langage. Pour aider votre enfant à réussir, il ne s'agit donc pas de parler tout seul face à lui toute la journée avec une déferlante de mots pour lui donner du vocabulaire, mais simplement de l'écouter et de lui répondre.
"Un parent qui répond aux initiatives verbales de son enfant même avec des mots simples, même fatigué construit quelque chose de neurologiquement différent de celui qui parle beaucoup sans écouter", explique la spécialiste.