Les mouvements de la Terre peuvent parfois surprendre. Une équipe de chercheurs a récemment réalisé une observation exceptionnelle dans le sud de l'océan Indien. Des instruments installés sur le fond marin, dont cinq microphones et un capteur de pression, ont enregistré une impressionnante succession d'événements tectoniques et volcaniques.
La dorsale sud-est indienne est une longue chaîne de montagnes sous-marines située à la frontière entre les plaques tectoniques australienne et antarctique. À cet endroit, les deux plaques s'écartent progressivement, ce qui permet au magma de remonter et de former un nouveau plancher océanique.
Le 26 avril 2024, seulement deux mois après l'installation des instruments, un épisode majeur d'ouverture de la dorsale a commencé. Les observations viennent d'être publiées dans la revue Nature. Une série de séismes s'est propagée le long de son axe. Selon les chercheurs, ces secousses étaient liées à la progression de grandes fissures verticales, appelées dykes, dans lesquelles s'infiltrait du magma. Le magma a ensuite atteint le fond de l'océan et alimenté une importante éruption sous-marine. En comparant les cartes du relief réalisées avant et après l'événement, les scientifiques ont identifié de nouvelles coulées de lave représentant un volume total compris entre 148 et 160 millions de mètres cubes. L'éruption principale aurait duré environ seize jours.
En se vidant, le réservoir magmatique situé sous la dorsale a provoqué un affaissement spectaculaire du fond marin. Celui-ci s'est abaissé de 4,2 mètres en six jours, dont 83% au cours des seize premières heures. Durant la phase la plus rapide, l'affaissement vertical a atteint en moyenne 5 centimètres par minute, avant de ralentir à environ 1,2 centimètre par jour. Dans le même temps, le magma remonté à la surface s'est refroidi et solidifié, contribuant à la formation d'une nouvelle croûte océanique. Les modèles des chercheurs indiquent également que le fond marin s'est étiré horizontalement de 2,1 à 4 mètres.
L'événement aurait ainsi libéré en près de deux semaines l'équivalent d'environ 39 ans de divergence tectonique. Les scientifiques ont donc enregistré en temps réel la formation d'une nouvelle portion de plancher océanique : c'est une première. Il est rare de saisir un tel événement puisque les dorsales se situent à plusieurs kilomètres de profondeur, dans des zones rarement accessibles aux navires de recherche.
Cette observation est d'autant plus remarquable qu'une grande partie du mouvement des failles n'a produit aucun séisme détectable. Les auteurs estiment qu'environ 76% du glissement tectonique s'est effectué de manière asismique, contre seulement 24% accompagné de séismes. Cette découverte pourrait aider à expliquer pourquoi les dorsales océaniques libèrent relativement peu d'énergie sismique malgré l'importance des mouvements qui s'y produisent.