Les cafards sont des insectes que l'on déteste avoir chez soi. Les scientifiques s'intéressent toutefois fortement à ces petits animaux et tentent de développer leurs capacités. Certains sont allés jusqu'à créer des insectes cyborgs, c'est-à-dire des animaux vivants équipés de dispositifs électromécaniques pour contrôler leur mouvement à distance. Des chercheurs de l'Université technologique de Nanyang (NTU) à Singapour et de l'Université Waseda au Japon ont poussé encore davantage en fabriquant pour ces insectes cyborgs une mini-combinaison de plongée flexible pour qu'ils puissent se déplacer dans l'eau.
Elle est composée d'un réservoir de production d'oxygène, d'une enveloppe flexible et de tubes d'alimentation en oxygène. Ce système achemine de l'oxygène jusqu'aux orifices respiratoires tout en empêchant l'eau de pénétrer dans la combinaison. "Cela permet à l'insecte de conserver sa mobilité naturelle tout en étant protégé d'un environnement dans lequel il ne peut normalement pas survivre", a expliqué Hirotaka Sato de l'École d'ingénierie mécanique et aérospatiale du NTU, auteur de l'étude, dans un communiqué. Le dispositif ne blesse pas les animaux et est moins énergivore qu'un simple robot.
La combinaison a été testée sur des blattes souffleuses de Madagascar, sélectionnées pour leur robustesse et leur absence d'ailes. Les chercheurs ont construit des tubes en plastique simulant différents environnements comme des tunnels inondés ou remplis de dioxyde de carbone et donc peu oxygénés. Ils ont constaté que les insectes parvenaient à se déplacer pendant trois heures sous l'eau à environ 30 centimètres de profondeur, sans effets secondaires. Leur vitesse était de 78,4mm/s contre 87,5mm/s sur terre.
La taille des cafards leur permet de se déplacer partout et notamment dans les endroits encombrés et confinés où les humains ne peuvent aller. C'est pourquoi cette capacité supplémentaire sous-marine pourrait notamment aider lors de sauvetage de sinistrés : "C'est important car les lieux de catastrophes réelles peuvent s'avérer difficiles d'accès après de fortes pluies ou des inondations, les décombres, les égouts et les passages étroits bloquant les voies d'accès. En élargissant les capacités opérationnelles de nos insectes cyborgs pour inclure les déplacements sous-marins, nous pensons qu'ils peuvent améliorer les opérations de recherche et de sauvetage", a expliqué Hirotaka Sato.
Les combinaisons sont en train d'être perfectionnées pour améliorer leur durabilité et pouvoir intégrer des capteurs et des systèmes de navigation pour une utilisation sur le terrain. Ces résultats encourageants laissent penser que la combinaison pourrait être utilisée sur d'autres insectes comme les criquets et les coléoptères. A plus long terme, la visée atteint une autre échelle : "L'objectif ultime est de [transporter cette technologie] dans l'espace. C'est un pas de géant vers les combinaisons spatiales pour insectes cyborgs pour l'exploration de la surface de Mars, par exemple", a suggéré Hirotaka Sato auprès de New Scientist.