"Etre sur la même longueur d'onde" est une expression courante de la langue française. Elle signifie se comprendre parfaitement avec quelqu'un, être en accord, partager la même vision des choses. Cela vient du monde de la radio. Les ondes permettent, en effet, d'envoyer des messages et les appareils doivent être réglés sur la même fréquence pour capter le signal. Et si ce n'était pas qu'une image ? Des scientifiques se sont penchés sur la véritable connexion qui peut se créer entre différents cerveaux. Lors de leurs recherches, ils ont étudié des milliers de participants allant de lycéens, aux visiteurs de musées, en passant par des artistes lors de communications directes face à face.
Ils ont cherché à montrer que la synchronisation des ondes cérébrales est mesurable et même modifiable. Les participants ont dû porter des casques d'électroencéphalographie, qui enregistrent l'activité électrique du cerveau. Les personnes étaient amies ou de la même famille, mais aussi parfois des inconnus. Ils ont notamment découvert que les personnes se présentant comme seules avaient une activité cérébrale moins en phase avec celle de leur entourage. Auprès des lycéens, ils ont observé que lorsque les ondes cérébrales se synchronisent, ils sont plus enclins à apprécier l'autre personne et même la classe. "Les personnes isolées présentent une activité cérébrale plus idiosyncrasique, et de plus en plus de données suggèrent que les activités en face à face impliquant une synchronisation interpersonnelle, comme jouer à des jeux ou échanger des plaisanteries quotidiennes, sont importantes pour maintenir la cohésion sociale au sein des communautés", a détaillé Suzanne Dikker, professeure de recherche à l'Université de New York et à l'Université de Gand, dans un communiqué de presse.
"Nos années d'expérimentation démontrent que nous pouvons mesurer de manière fiable cette notion apparemment insaisissable d'être sur la même longueur d'onde qu'une autre personne – une synchronicité liée à des relations sociales saines", a-t-elle ajouté. Elle peut même être renforcée : les participants faisant face à leur degré de synchronisation avaient tendance ensuite à voir leur synchronisation des ondes cérébrales augmenter. Consciemment ou non, ils pouvaient être enclins à ajuster leur attention, leur geste, leur manière d'échanger... Ces travaux peuvent offrir de nouvelles voix pour améliorer les liens sociaux.
Ces recherches peuvent également être intéressantes dans le milieu thérapeutique pour cibler une difficulté à établir une connexion, par exemple. Toute synchronisation n'est toutefois pas bénéfique. Elle peut favoriser le conformisme, la réduction de l'exploration d'idées nouvelles ou encore la perte de diversité dans un groupe. Les moments de désynchronisation et de désaccords peuvent être nécessaires pour une meilleure réconciliation ou l'émergence d'une solution préférable. Une bonne interaction peut donc reposer sur une alternance entre rapprochement et différenciation. L'objectif n'est donc pas de maximiser cette synchronisation, mais de comprendre quand il est utile et bénéfique de la renforcer.