Pendant la saison estivale, une eau de mer frôlant ou dépassant les 28°C fait le bonheur des vacanciers sur la Côte d'Azur et le littoral languedocien. "L'eau approche ou dépasse encore 28°C sur certaines zones, localement 29°C en Corse", constatait le 20 août la Chaîne Météo. Pourtant, pour les prévisionnistes et les climatologues, cette surchauffe de la mer Méditerranée constitue un signal d'alerte. L'énergie thermique emmagasinée durant le mois d'août ne disparaîtra pas avec la rentrée : elle peut devenir un carburant des perturbations intenses qui menacent le sud de la France fin août et en septembre.

Les données récoltées par Météo-France et le service européen Copernicus Marine confirment une tendance récurrente ces dernières années : les vagues de chaleur marines estivales élèvent la température de surface du bassin méditerranéen bien au-dessus des normales de saison. À la fin de l'été, des eaux mesurées entre 27°C et 29°C sont fréquemment relevées du golfe du Lion jusqu'à la Corse.

Cette chaleur accumulée en surface provoque une évaporation très importante. L'atmosphère située juste au-dessus de la mer se charge ainsi d'une quantité considérable d'humidité et d'énergie emmagasinée sous forme de chaleur latente. Tant que les hautes pressions anticycloniques maintiennent un temps stable, cette masse d'air chaud reste contenue. Mais dès que la dynamique atmosphérique évolue à l'approche de l'automne, l'équilibre se rompt.

Au cours du mois de septembre, le courant-jet commence à onduler et à véhiculer vers le sud de la France des dépressions ou des "gouttes froides" venues de l'Atlantique ou du nord de l'Europe. Lorsque cet air froid en altitude s'enfonce au-dessus d'un bassin méditerranéen encore très chaud, le contraste thermique agit comme un puissant détonateur.

Comme l'analysent les météorologues de La Chaîne Météo, une mer anormalement chaude accélère les mouvements verticaux de l'air. L'air chaud et saturé d'eau s'élève brutalement, se refroidit en altitude et se condense, donnant naissance à d'imposants systèmes orageux régénératifs. Plus l'eau de mer est chaude, plus la quantité d'eau précipitante disponible dans l'atmosphère est élevée. "Avec le retour d'un flux marin, cet air très humide peut être transporté vers le Languedoc, la Provence et les reliefs du sud-est. La Méditerranée joue alors le rôle d'un immense réservoir d'humidité et d'énergie disponible pour les orages", écrit La Chaîne Météo, qui précise : "Une mer à 28°C ne provoque cependant pas automatiquement des orages violents. Il faut également un mécanisme de déclenchement : de l'air plus froid en altitude, une atmosphère instable, des convergences de vent ou encore le soulèvement de l'air contre les reliefs".

Poussées par un flux de sud, ces masses d'air chargées d'eau peuvent buter contre les reliefs des Cévennes, du haut Languedoc ou de l'arrière-pays provençal. Ce blocage orographique contraint alors les orages à stationner au même endroit pendant de nombreuses heures.

 

Météo-France rappelle régulièrement, également, qu'une mer chaude ne suffit pas à elle seule à déclencher un épisode cévenol - le facteur déclenchant restant le dynamisme d'altitude, la trajectoire et la vitesse des orages. Toutefois, elle accroît de manière significative le risque de précipitations diluviennes. Les départements de l'Hérault, du Gard, de l'Ardèche, du Var ou des Alpes-Maritimes se retrouvent alors exposés à des ruissellements intenses, à des crues éclair et à des inondations majeures. Les agréables baignades d'août dans une eau à 28°C préparent ainsi le terrain aux précipitations violentes redoutées de l'automne.