Ce que nous devenons adulte dépend beaucoup de nos toutes premières années. Car le cerveau du tout-petit grandit à une vitesse vertigineuse. Sa taille double durant la première année puis, entre 2 et 3 ans, il atteint déjà 80% de celle d'un adulte tout en étant deux fois plus actif. À deux ans, l'enfant doit être en mesure de prononcer des phrases courtes de deux à quatre mots, de pointer des objets, de suivre des instructions simples...

Il y a quelques années, une équipe de l'université de Californie avait marqué les esprits en observant par imagerie la maturation du cerveau de 233 bébés endormis de moins de 2 ans, puis en la reliant à leurs aptitudes à 4 ans. Cette fois, c'est une méta-analyse internationale qui approfondit le sujet. La 1001 Critical Days Foundation, organisation caritative britannique qui soutient le développement de l'enfant dans ses 1001 premiers jours, a commandé une large étude, relayée dès janvier par la BBC, auprès d'un groupe de chercheurs des universités de Leeds et de Nottingham.

Les premières conclusions, dévoilées depuis l'été, révèlent le fossé entre les recommandations faites aux parents de jeunes bébés et la réalité. Il est par exemple acquis que dans ses tout premiers mois, les impressions sensorielles, les contacts avec des personnes de référence et le jeu sont essentiels pour un bébé. Une relation parent-enfant de qualité est le moteur de la croissance neuronale, surtout durant les trois premières années, et est associée à un meilleur développement.

Les neurosciences affectives, souligne Santé publique France, "incitent à une véritable révolution éducative". La violence sous toutes ses formes est le premier combat à mener car elle est susceptible d'engendrer un stress toxique préjudiciable. Mais il y a bien d'autres dangers tout aussi pernicieux. L'étude indique ainsi que 70% des bébés sont déjà installés devant un écran avant leurs 2 ans révolus, certains jusqu'à huit heures par jour.

Or les universitaires ont démontré que le temps d'écran à deux ans  dégrade les scores de développement : surpoids, troubles du sommeil, du comportement et retards de langage. "Malgré des recommandations politiques récentes [...], cette étude a mis en évidence un corpus de preuves substantiel suggérant que l'utilisation des médias numériques – en particulier la télévision, les téléphones portables et les tablettes – est omniprésente durant cette période critique et peut être associée à des risques potentiels", conclut le Dr Richard James, expert en comportements addictifs et partie prenante du projet.

Les recommandations de l'OMS sont pourtant claires : l'exposition aux écrans est formellement déconseillée chez les nourrissons. Ils ne doivent pas être "immobilisés pendant plus d'une heure d'affilée (par exemple, en poussette, en chaise haute ou porté sur le dos par un adulte)". Lorsque bébé est assis, il est "recommandé de lire ou de raconter des histoires". A partie de 2 ans, le temps d'écran "ne devrait pas dépasser une heure ; moins, c'est mieux", indique aussi l'organisation mondiale.