Des chercheurs ont découvert au large de la Colombie-Britannique, province la plus à l'ouest du Canada, un mont sous-marin volcanique de 1100 mètres et dont le sommet se trouve à 1500 mètres sous la surface. Alors qu'il semblait éteint, ils ont détecté des fluides hydrothermaux, plus chauds que l'eau environnante, s'échappant de la pierre. Ils réchauffent ainsi la zone.

Au sommet, se trouvait un vaste jardin de coraux au sein duquel reposaient d'innombrables capsules d'œufs, comme le montre la vidéo de l'expédition. Il n'y en avait tellement qu'il était impossible de les compter. Leur taille a impressionné : certaines capsules mesuraient entre 45 et 50 centimètres de diamètre. Il s'agissait de ceux de raies : les scientifiques en ont même observé une en train de déposer ses œufs au sommet. Ces dernières les pondent dans des capsules, appelées bourses de sirène suite à leur forme, qui peuvent rester ancrées entre les roches et les coraux le temps de se développer.

La chaleur volcanique pourrait expliquer, en partie, pourquoi les raies choisissent cet endroit, l'eau étant environ 1°C plus chaude en moyenne, voire localement 2°C. "On pense que la chaleur accélère les temps d'incubation et permet aux jeunes d'éclore avec plus de succès", a expliqué Cherisse Du Preez, biologiste marine spécialiste des grands fonds à Pêches et Océans Canada. C'est d'autant plus intéressant que le développement des embryons est lent : le temps d'incubation est d'environ 4 ans, voire plus. Les œufs seraient alors davantage en sécurité avec une meilleure chance de survie pour les jeunes raies. 

Un rapport plus récent permet de mieux mesurer l'ampleur de cette véritable "nurserie". Ils ont analysé 489 images couvrant 4 900 m² de fonds marins : 5 566 capsules ont été décomptées sur cette zone, avec une densité moyenne de 2,58 capsules par m² et jusqu'à 23 dans les zones les plus concentrées. A partir de ces observations et de la superficie occupée, les scientifiques estiment que le mont pourrait abriter près de 2 millions de capsules. Un tel phénomène avait été observé dans les îles Galapagos en 2018 : des capsules de raies concentrées autour de sources hydrothermales, mais elles étaient bien moins nombreuses.

L'explication de cette concentration exceptionnelle résiderait aussi dans les courants, le relief du mont, la forte biodiversité de la zone ou encore les structures coralliennes. Ces dernières retiennent les capsules, qui ont moins de chance d'être emportées. Cette zone reste toutefois vulnérable : le rapport souligne la présence d'activités de pêche susceptibles de perturber les capsules.