L'Arc de triomphe est l'un des monuments les plus représentatifs de la capitale. Au-delà de la tombe du Soldat inconnu, de la vue panoramique sur Paris et du rond-point de l'Etoile, il cache une histoire architecturale complexe. Au point d'être présenté comme un "monument inachevé", notamment par Le Centre des monuments nationaux.
Sa construction a débuté en 1806 sur ordre de Napoléon 1er et d'après les plans de l'architecte Jean-François Thérèse Chalgrin. Le chantier a duré trente ans, traversant les régimes politiques et passant entre les mains de différents architectes jusqu'à l'inauguration en 1836. Au fil de ces changements, un élément n'a jamais trouvé de solution : son couronnement. Plusieurs projets monumentaux ont été imaginés pour trôner au sommet de l'Arc, mais aucun n'a finalement abouti. Aujourd'hui encore, l'acrotère destiné à accueillir ce décor est visible sur le toit, mais reste vide.
Les propositions n'ont pourtant pas manqué : un aigle, un quadrige ou encore une statue de Napoléon. L'une d'elles a même fini par dominer réellement le monument pendant plusieurs années : Le Triomphe de la Révolution d'Alexandre Falguière. Commandé par l'Etat en 1882, ce modèle grandeur nature en plâtre a été installé au sommet de l'Arc. Il s'y trouvait lors des funérailles de Victor Hugo en 1885, comme le montrent des dessins d'époque. II a toutefois été retiré en 1886 et détruit : il s'était progressivement dégradé et n'a jamais été remplacé par une version plus durable. "On hésita tellement que l'on n'y mit rien du tout, et sans doute cela vaut-il mieux", résume l'historien Georges Poisson.
Près de deux siècles plus tard, ce vide devient le point de départ d'une nouvelle création. Présentée jusqu'au 4 octobre, l'exposition La Tempête de Jérémy Pradier-Jeauneau investit plusieurs espaces de l'Arc de triomphe. Le parcours se déploie verticalement dans l'édifice et conduit le visiteur jusqu'au sommet. Un sofa monumental est d'ailleurs exposé à l'aplomb exact de l'acrotère. Cette œuvre prend le nom de Couronnement et revient sur cette histoire architecturale du monument. "Le Couronnement ne cherche pas à restituer ce qui aurait dû se trouver au sommet de l'Arc, mais à rendre perceptible son absence depuis l'intérieur même de l'édifice. Le vide architectural devient le point de départ d'une nouvelle occupation du monument", explique l'exposition.
Il ne s'agit donc pas d'achever le monument, mais plutôt d'utiliser son histoire et ses manques comme matière de création. "Il y a un vide sur le toit. Ce vide m'a beaucoup inspiré, j'ai essayé de le combler d'une certaine manière", nous a confié Jérémy Pradier-Jeauneau. Il s'agit aussi de faire dialoguer création contemporaine et architecture historique : "Le monument, il nous parle, il faut l'écouter", a-t-il commenté.