A la maison, il arrive aux parents de hausser le ton, voire de crier. Mais lorsque les cris deviennent réguliers, les enfants peuvent grandir dans un climat de tension qui n'est pas anodin. Ce schéma quotidien peut entrainer des conséquences jusqu'à l'âge adulte, perceptibles à travers différents comportements.
Premier d'entre eux, refouler ses émotions peut faire partie des habitudes conservées à l'âge adulte. Lorsque montrer sa tristesse, sa peur ou son désaccord provoquait des réactions négatives dans l'enfance, cacher ce que l'on ressent est une stratégie défensive. Une récente étude publiée dans la Clinical Psychology Review établit un lien entre les violences émotionnelles dans l'enfance et les stratégies de répression émotionnelle à l'âge adulte. Etre particulièrement sensible au stress et envisager rapidement le pire peut également être une conséquence de cet environnement familial tendu.
Pour éviter tout conflit, certains adultes vont avoir tendance à préférer céder, se mettre en porte-à-faux, voire s'excuser facilement ou à outrance. De même, ils vont minimiser leurs propres besoins, privilégiant l'apaisement plutôt que d'exprimer ce qu'ils souhaitent.
Les rapport aux autres et les relations sociales sont en effet affectés. Les enfants ayant connu les cris pourraient notamment devenir des adultes qui ont du mal à faire confiance, car ils ont l'impression que cela les rend vulnérables ou craignent d'être rejetés. Ils peuvent souvent penser que de nombreuses personnes ont de mauvaises intentions.
Les effets peuvent aussi se retrouver dans le monde professionnel, indiquent les chercheurs. Une remarque pourtant constructive peut être vécue comme une remise en cause beaucoup plus personnelle. Les critiques sont mal interprétées et le sentiment d'être fautif amplifié. Autre manifestation dans le milieu du travail : la méfiance envers les figures d'autorité. Un supérieur hiérarchique qui élève la voix ou manifeste son mécontentement peut rappeler ce qui a été vécu avec les parents pendant l'enfance.
Même physiquement, des différences ont été observées. Des travaux d'imagerie cérébrale ont constaté des différences dans des régions impliquées dans le traitement auditif et du langage chez de jeunes adultes exposés à une forte agressivité verbale parentale pendant l'enfance. Une étude publiée dans NeuroImage a notamment retrouvé une différence au niveau du gyrus temporal supérieur. Une vigilance accrue face à certains signaux vocaux associés à la menace se développe ainsi.
Huit habitudes peuvent donc être plus fréquentes et sont à surveiller : refouler ses émotions, être très sensible au stress, éviter les conflits, minimiser ses propres besoins, avoir du mal à faire confiance, vivre difficilement les critiques, se méfier des figures d'autorité et être particulièrement vigilant aux signaux vocaux menaçants. Elles ne sont évidemment pas systématiques mais peuvent fortement altérer, selon la méta-analyse, les relations au quotidien.