Comme chaque automne, et ce depuis plus de 50 ans, la France et de nombreux pays du monde vont passer à l'heure d'hiver sous peu. Le changement d'heure a lieu très précisément le dernier dimanche d'octobre, une règle devenue immuable pour tous les pays de l'Union européenne. Et le passage de l'heure d'été à l'heure d'hiver n'est pas une curiosité européenne, il existe dans 70 pays occidentaux.
Mais il existe bien une fronde contre le changement d'heure. Le Parlement européen lui-même s'était prononcé en 2019 pour que les Européens renoncent au traditionnel recul des aiguilles, avant que le dossier - très complexe - ne soit enterré. D'autres pays ou régions du monde sont aussi entrés en rébellion. Au printemps 2026, la Colombie-Britannique a par exemple décidé d'en finir avec le changement d'heure : les habitants de cette province canadienne ont avancé leur montre une toute dernière fois en mars, et ne repasseront plus jamais à l'heure d'hiver. En sanctuarisant l'heure d'été permanente pour l'ensemble du territoire, cette région a mis fin à des décennies d'hésitations institutionnelles et s'affranchit d'un rituel jugé obsolète par l'immense majorité de sa population.
Cette décision, dont rend compte Radio Canada, clôt un débat qui durait depuis plusieurs années. Dès 2019, une vaste consultation publique révélait que 93% des résidents de la province souhaitaient l'abandon du changement d'heure saisonnier. Jusqu'ici, les autorités locales différaient la mesure dans l'espoir d'une harmonisation avec les États américains voisins, afin d'éviter tout choc économique ou logistique. Toutefois, le durcissement des relations commerciales et des tensions diplomatiques avec le voisin américain sous l'administration Trump a poussé la Colombie-Britannique à changer de posture. Exaspéré par l'attentisme de Washington, le gouvernement provincial a choisi de faire cavalier seul, emboîtant le pas au territoire voisin du Yukon.
Plus étonnant encore, cette réforme fait ressurgir une curiosité géographique : depuis 1918, la petite ville de Creston, située dans l'est de la province, refusait d'aligner son rythme sur le reste de la région, créant son propre fuseau horaire permanent. La nouvelle loi laisse désormais chaque municipalité libre de choisir son raccordement horaire. Cette souplesse ravive la possibilité de voir émerger de nouveaux "îlots horaires" au sein même de la Colombie-Britannique, certaines communes frontalières ou de montagne pouvant décider de rester synchronisées avec la province voisine de l'Alberta ou avec le marché américain.
L'initiative suscite donc des inquiétudes. La Chambre de commerce de Vancouver ainsi que les gestionnaires de l'aéroport de la ville ont exprimé leurs réserves face à cette rupture. Selon eux, le décalage temporaire avec la Californie ou l'État de Washington pendant les mois d'hiver pourrait complexifier les échanges financiers, les vols commerciaux et l'attractivité des entreprises locales.