Les enfants semblent peu à peu s'éloigner de la lecture. Selon une étude de 2026 Ipsos pour le Centre National du livre, 81% des 7-19 ans disent encore lire en loisir, mais ils n'y consacrent en moyenne que 18 minutes par jour. La lecture partagée reste néanmoins très présente durant l'enfance : 91% des jeunes déclarent que leurs parents leur lisaient des histoires étant petits. La pratique régulière tend toutefois à s'éroder depuis une dizaine d'années.

Ce rituel est pourtant loin d'être anodin. Une récente synthèse publiée par des chercheurs de l'université de Cambridge rappelle que la lecture pour le plaisir est associée chez les enfants à de meilleures capacités d'attention et de mémoire ainsi qu'à de meilleurs résultats scolaires. Les chercheurs soulignent également l'intérêt de la lecture partagée, notamment entre parents et enfants.

Il y a toutefois un tout autre élément que la fréquence qui entre en jeu : c'est la manière de lire. Donner envie aux enfants d'écouter l'histoire, et donc de prendre goût à la lecture, se joue aussi dans la façon dont les parents racontent les récits. Pour être un bon raconteur, il ne s'agit pas simplement de débiter le texte. "Je crois que le principal conseil ce serait de respecter la ponctuation parce qu'un récit n'est jamais linéaire, il y a beaucoup d'accidents. La ponctuation nous permet d'avoir ce qu'on appelle le phénomène de l'auto-tamponneuse : on arrive, on bloque là, il ne faut pas rester là, on part ailleurs tout de suite. Cela nécessite un esprit très éveillé, on ne peut pas faire ça en pensant à autre chose", avance auprès de Linternaute.com le comédien Oscar Sisto, qui a participé à l'Ecole des raconteurs, série de tutoriels lancée par McDonald's France pour aider les parents à faire vivre les histoires qu'ils lisent à leurs enfants. 

Une histoire a son propre rythme : la lecture doit suivre ce mouvement. Il ne faut toutefois pas aller trop vite pour laisser le temps à l'enfant d'entrer dans le récit. "En fait, le temps qu'on prend pour lire, ce n'est pas le temps qu'on a besoin pour mieux lire et mieux articuler, c'est le temps dont l'enfant a besoin pour se créer ses propres images. Si on va trop vite, il ne peut pas se faire son cinéma", précise-t-il. Pour cela, le lecteur peut appuyer sur certains mots, varier l'intonation, marquer les silences ou encore lever régulièrement les yeux du livre. Rester fixé sur le livre est d'ailleurs une erreur récurrente des parents : regarder son enfant est pourtant essentiel pour vivre l'histoire ensemble.

Incarner et être impliqué dans la lecture

Un autre piège fréquent dans lequel tombent les parents est de vouloir "paraitre simple et être naturel", selon le metteur en scène. Or, "un raconteur n'est jamais simple ni naturel" : le résultat doit sembler spontané, mais le lecteur doit penser à tous les détails. Les personnages peuvent notamment être différenciés par un détail de voix ou une attitude. Ces petits changements offrent des repères à l'enfant et aident à mieux suivre la narration.

Pour être plus fluide, la lecture peut se préparer. Avant de proposer un nouveau livre, Oscar Sisto conseille d'en parcourir quelques pages pour découvrir le style d'écriture et la thématique : "Il faut tester, il faut le lire avant". Il n'y a, en revanche, pas de durée idéale à respecter ni de nombre de pages : cela dépend de l'enfant. Garder la suite pour le lendemain peut même parfois inciter l'enfant à la réclamer de lui-même, voire à la terminer seul s'il sait lire.

Pour capter l'attention, il faut surtout que l'enfant sente que l'adulte est lui aussi réellement présent et pleinement impliqué. "L'enfant doit penser que l'histoire qu'on est en train de raconter est unique au monde", résume le metteur en scène, allant jusqu'à comparer ce moment, à hauteur d'enfant, à "une production hollywoodienne".