La visite d'un pape coûte cher. Pour accueillir Léon XIV pendant quatre jours à Paris, Saint-Denis, Lourdes et Metz, l'Église de France a évalué le budget de sa visite à 27 millions d'euros. La somme servira notamment à accueillir les participants, aménager les sites, installer les équipements nécessaires aux célébrations. 

Le montant a fortement augmenté au fil des préparatifs. Selon Le Monde, certains organisateurs évoquaient initialement un budget d'environ 15 millions d'euros. L'affluence, beaucoup plus importante que prévue, a obligé à revoir la copie. Plus de 700 000 personnes étaient déjà inscrites aux différents rassemblements au début du mois de septembre et près de 2 500 journalistes avaient été accrédités.

Le financement s'inscrit cela dit dans le cadre posé par la loi de séparation de l'Église et de l'État de 1905. L'État ne finance pas le culte en France : l'organisation religieuse du voyage repose donc essentiellement sur l'Église et le don des fidèles. Les pouvoirs publics prennent en revanche à leur charge les dépenses relevant de leurs missions, notamment la sécurité, comme pour tout déplacement de chefs d'État ou grand événement national. 

Pourquoi la visite du pape coûte-t-elle 27 millions d'euros ?

Le budget a fortement évolué au cours de la préparation du voyage. Le 2 août, Le Monde évoquait encore, selon ses informations, un coût d'environ 15 millions. Le 7 septembre, l'organisation a officiellement porté son estimation à 27 millions d'euros. Elle explique cette hausse par l'ampleur prise par les rassemblements et par les dépenses supplémentaires nécessaires pour accueillir le public : location d'écrans géants, sonorisation, barrières, aménagement des sites, du matériel destiné aux célébrations et pas moins de 3500 sanitaires au total. 

Paris concentre une grande partie de ce changement d'échelle. Début septembre, entre 500 000 et 600 000 personnes étaient déjà attendues pour la messe du 26 septembre et les inscriptions progressaient alors d'environ 8 000 par jour, selon Le Monde. Face à cette affluence, l'organisation a notamment dû envisager d'étendre le périmètre réservé au public et d'ajouter des écrans. Le 16 septembre, le diocèse de Paris annonçait finalement près de 600 000 inscrits et l'ouverture d'une zone supplémentaire vers la place de l'Étoile et l'avenue de la Grande-Armée. 

Les besoins matériels donnent une idée de l'ampleur de l'opération. Le dossier de presse officiel prévoit plus de 30 kilomètres de barrières sur l'ensemble des sites et plus de 50 écrans géants pour permettre de suivre les célébrations. Plus de 17 000 bénévoles doivent également être mobilisés dont 15 000 à Paris et plus de 2 000 à Lourdes. 

Lourdes explique cette différence avec un rassemblement ordinaire. Le sanctuaire compte accueillir plus de 150 000 personnes le dimanche 27 septembre contre quelque 10 000 visiteurs habituellement. À lui seul, le site compte s'équiper de 13 kilomètres de barrières et le dossier de presse mentionne également 175 000 cierges préparés à Lourdes, dont 45 000 pour la procession mariale. 

Le montant paraît d'autant plus énorme quand on le compare à la dernière venue pontificale en France. Le déplacement du pape François à Marseille en 2023 avait coûté environ 2,5 millions d'euros au diocèse selon RTL. L'événement s'était d'ailleurs terminé avec un déficit d'environ 600 000 euros : les organisateurs avaient espéré récolter 500 000 euros pendant la messe, mais les dons n'avaient finalement atteint environ 250 000 euros. Léon XIV n'effectuera cependant pas un voyage unique mais un voyage de quatre jours, dans plusieurs villes, avec des rassemblements d'une ampleur bien plus large. 

Qui va payer la visite de Léon XIV en France ? 

L'Église de France doit financer la majorité de ces 27 millions d'euros. Sa principale ressource sera constituée des dons des fidèles et des participants. Au 8 septembre, la campagne lancée pendant l'été avait permis de réunir environ 5,5 millions d'euros, selon le dossier de presse officiel. Des dons pourront encore être effectués pendant les célébrations, notamment par SMS ou via un QR code.

D'autres ressources complèteront la collecte : le mécénat de particuliers et d'entreprises, la vente de produits officiels et, si nécessaire, certaines ressources propres de l'Église affectées aux activités pastorales. Les donateurs peuvent soit contribuer au voyage dans son ensemble, soit choisir de flécher leur don vers Paris, Lourdes ou Metz. 

Ces dons peuvent par ailleurs donner droit à une réduction d'impôt de 66%, dans les conditions applicables aux associations liées au culte. Cela signifie que l'organisation n'est pas directement financée par l'État, mais qu'une partie des dons peut avoir un coût fiscal indirect sur les finances publiques. Le montant fiscal dépendra cependant des sommes effectivement données et de la situation des donateurs. 

L'État aura en revanche directement à sa charge la sécurité du déplacement, comme pour d'autres visites de chefs d'État ou de grands événements nationaux. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé jusqu'à 15 000 policiers, gendarmes, forces mobiles et militaires de Sentinelle mobilisés au plus fort de la visite. Le déplacement a même été officiellement classé comme "grand événement" en raison notamment de son ampleur et du risque terroriste. 

À quelques jours de l'arrivée de Léon XIV, l'enjeu financier reste donc important pour l'Église. Le Parisien soulignait encore le 19 septembre que les 27 millions d'euros étaient loin d'avoir été entièrement réunis et que les diocèses continuaient à solliciter les fidèles.