Personne à bord, mais un périple de 5400 km. Ce "vaisseau fantôme" est en réalité le bateau C-Star PC13, un petit voilier de 1,2 mètre de long. Il vient de réussir une première mondiale : traverser l'Atlantique de manière entièrement autonome, soit sans aucune intervention humaine. Parti de Grande Canarie le 7 mai 2026, le bateau a atteint sa destination, la Barbade, le 13 septembre dernier. Il a ainsi relevé le Microtransat Challenge, en parcourant près de 5 000 kilomètres depuis la ligne de départ officielle, franchie le 19 mai. 

Ce défi Microtransat a été imaginé par le Britannique Mark Neal et le Français Yves Brière et les premières tentatives de traversée ont eu lieu en 2010. En 16 ans, 37 ont échoué. Les règles sont strictes : les bateaux doivent faire moins de 2,4 mètres de long et aucune intervention humaine sur leur navigation n'est autorisée à partir du moment où ils ont franchi la ligne de départ. Le vent doit être le seul moyen de propulsion. Plusieurs équipes françaises, notamment l'ENSTA Bretagne, ont tenté leurs chances, mais sans parvenir au bout.

Le C-Star PC13 qui a réussi cet exploit a été conçu par Oshen, une entreprise britannique spécialisée dans la robotique marine. La PDG et cofondatrice de la société, Anahita Laverack, a déclaré à la BBC : "Si les gens se laissent prendre au piège, c'est parce qu'ils se disent : 'Allons, pourquoi ne pourrait-on pas faire faire à un robot ce que Christophe Colomb a fait il y a 500 ans ?' En fait, c'est beaucoup plus difficile qu'on ne le pense. Mais c'est pour ça que tant de gens ont été inspirés et ont essayé, pour finalement se rendre compte que l'océan est impitoyable". C'est la troisième fois que l'entreprise tente un tel périple. L'année dernière, l'un des voiliers avait réussi à parcourir les trois quarts du trajet avant de perdre ses voiles à cause d'une mer agitée.

Comment cela fonctionne ? Le navire a dû adapter seul sa navigation aux variations de vent et de courants, tout en gérant ses réserves d'énergie. Le C-Star est équipé de panneaux solaires qui fournissent l'électricité nécessaire à ses capteurs, à son ordinateur de bord et à de petits moteurs permettant d'orienter la voile et le gouvernail. Mais c'est bien le vent, et non ces moteurs, qui fait avancer le bateau. Avant le départ, des points de passage ont été programmés dans l'ordinateur de bord, puis le logiciel de navigation autonome a adapté la trajectoire en fonction des conditions rencontrées. 

Ces navires-robots peuvent, par ailleurs, devenir de précieux outils scientifiques : selon Oshen, ils sont capables de collecter jusqu'à 2 millions de points de données par jour, notamment sur la température de surface de la mer, l'humidité de l'air, la pression atmosphérique ou encore la salinité de l'eau. Capables de naviguer pendant plusieurs mois sans équipage, ils pourraient faciliter la recherche océanographique et climatique ainsi que la surveillance des activités maritimes.