Les canicules à répétition et les records historiques de chaleur observés à l'été 2026 ont été la preuve, s'il en fallait une, des effets du réchauffement climatique. Aucune région de France n'a été épargnée par la montée des températures, mais certaines ont été plus touchées que d'autres comme le Languedoc, l'Occitanie ou encore la Nouvelle Aquitaine.
Ces conditions météorologiques risquent de devenir les nouveaux standards d'ici quelques années. D'après la trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique (TRACC), la France gagnerait 2,7°C en 2050 et connaîtrait des vagues de chaleur cinq fois plus fréquentes, mais aussi plus longues entre mai et septembre. Quant à la période de sécheresse, elle durerait au moins un mois de plus... Dans ces conditions, les sols des régions les plus exposées au réchauffement "sont en train ou vont devenir impropres à l'activité agricole dont nous avons l'habitude", affirme Guillaume Faburel, géographe, chercheur et professeur à l'Université Lyon 2, à Sciences Po Lyon et Sciences Po Rennes et auteur de Où habiter ? publié en septembre 2026 chez Tana Editions.
"Le dérèglement climatique va modifier les cultures de la terre" et entraîner "une remontée des écosystèmes de 400 à 500 kilomètres d'ici 20 à 30 ans", détaille le spécialiste. Le phénomène se traduira par une désertification du grand Sud-Ouest ou de la côte méditerranéenne, mais plus largement, ce sont toutes "les grandes vallées et les plaines en dessous de la Loire" qui seront affectées prévient-il. "Les températures annoncées sont affolantes. Il y a des niveaux de sécheresse importants qui vont durer des saisons entières. Cultiver la terre et y habiter, ça va devenir compliqué. Ces régions ne pourront pas être viables à l'horizon 2050. Elles ont commencé à devenir, à certains moments de l'année et à certains endroits, invivables." Il y fera très et peut-être trop chaud, les terres n'y seront plus exploitables pour les cultures agricoles et l'élevage et la ressource en eau pourrait ne pas être suffisante pour répondre à tous les besoins.
Si certaines régions françaises semblent mal embarquées pour résister aux effets du réchauffement climatique, d'autres font preuve d'une grande capacité d'adaptation. "On peut très bien s'inspirer des régions résilientes pour que d'autres soient régénérées écologiquement", assure Guillaume Faburel. Une étude menée par le géographe et d'autres experts issus du mouvement post-urbain a distingué sept régions pouvant faire office d'exemple : les collines de Normandie, de Bretagne et du Poitou, les montagnes pyrénéennes, celles du Morvan et celles des Alpes mais aussi le plateau du Massif central. Si ces territoires "ne sont pas des eldorados environnementaux", ils présentent les meilleures capacités "d'adaptation et d'atténuation de l'empreinte écologique".
Ces endroits répondent à des critères environnementaux propres : ils se trouvent à basse ou moyenne altitude, répondent à une organisation agricole bocagère et tournée vers la polyculture et disposent de forêts diversifiées riches en ressources et protectrices face à une partie des effets du réchauffement climatique. Si ces critères ne peuvent pas être transposés, d'autres facteurs relevant de l'activité économique et des politiques d'habitabilité peuvent être déclinés. Guillaume Faburel insiste particulièrement sur l'autonomie des régions résilientes qui favorisent des productions locales tant pour se nourrir que pour produire de l'énergie, sans être en autarcie. Il souligne aussi l'absence de grandes métropoles qui centraliseraient toute l'activité au profit d'un "maillage territorial plus équilibré" avec "beaucoup de petites villes de proximité de moins de 10 000 habitants et de bourgs qui s'inscrivent dans l'interdépendance et la complémentarité".
En adoptant un modèle de société plus autonome, à l'échelle des "pays géographiques" plutôt que des villes et visant "l'auto-subsistance", plusieurs régions pourraient mieux s'adapter au changement climatique. Ce modèle "peut être décliné pour tout le nord de la Loire" et pour le Massif central estime le chercheur qui note par ailleurs que certains territoires se rapprochent déjà fortement du modèle des régions résilientes à l'instar des Vosges, des Ardennes et du Jura.