À 100 ans tout juste, dans son appartement du centre de Séville, María Luisa López Grigera reçoit les visiteurs avec la vivacité d'esprit d'une femme qui a traversé un siècle d'histoire et de littérature. Née à La Corogne, en Galice, cette chercheuse hispano-argentine demeure l'une des plus grandes expertes mondiales du "Siècle d'or" espagnol, période de rayonnement de l'Espagne, du début des Grandes Découvertes et de la fin de la Reconquista jusqu'à la fin du XVIIe siècle.

Professeure émérite de philologie (étude d'une langue et de sa littérature) à l'université du Michigan, aux États-Unis, elle fut aussi la première femme à prononcer une conférence inaugurale dans une université espagnole. Un parcours de pionnière qui a marqué le monde académique en Amérique comme en Europe. Amie des grands noms des lettres hispaniques, elle a côtoyé les plus grandes plumes jusqu'à ce qu'on lui propose devenir la première femme académicienne de l'Académie royale espagnole, l'équivalent de notre Académie française. Elle déclinera l'offre, estimant que deux autres femmes avaient davantage de mérites qu'elle...

Interrogée sur son alimentation par le journal ABC Sevilla, la centenaire met en avant la sobriété et le naturel. "J'ai toujours cherché à manger des aliments naturels et j'ai fui la nourriture transformée et assaisonnée. Je mange de tout mais en petites quantités, tout très mesuré, surtout des protéines animales et végétales", explique-t-elle.

Fière de ses racines, María Luisa López n'oublie pourtant pas une habitude bien à elle. "Comme une bonne Galicienne, je m'accorde toujours un verre d'Albariño, ce qui me fait toujours du bien, même si maintenant je bois surtout de l'eau. Je pense que ce vin m'a aidée à en arriver là", sourit-elle, précisant réserver désormais ce cépage blanc bien connu en Galice aux "grandes occasions", comme par exemple pour ses 100 ans*.

Lucide sur son grand âge, cette grande dame refuse pourtant d'y voir un exploit personnel. "Cela ne me semble aucunement un mérite. Le mérite revient aux gènes que j'ai reçus et à la liberté de pensée que mes parents ont encouragée en moi", confie-t-elle, reconnaissant seulement souffrir aujourd'hui de problèmes de mobilité et assurant : "Je n'aspire pas à vivre cent ans de plus !"

Le véritable secret de sa longévité, María Luisa López le tient selon elle de sont travail mental et du maintien des relations sociales. "Je n'ai jamais été très sportive, même si j'adorais marcher. J'aime beaucoup parler, et je le fais tous les jours avec ma nièce, qui vit à Madrid", explique l'intellectuelle. "Je pense que les relations sociales sont très importantes à cet âge-là." Mais elle évoque aussi une rencontre déterminante. "Le secret, c'est un médecin nord-américain qui me l'a dit il y a quarante ans. Il m'a dit que pour vivre de nombreuses années, il faut maintenir le cerveau bien organisé, et c'est ce que j'ai essayé de faire tout le temps avec mon travail et avec ma vie", révèle-t-elle.

Fidèle à ce conseil, la centenaire entretient sa mémoire au quotidien. "J'ai beaucoup lu et beaucoup écrit", poursuit-elle, évoquant les quelques livres rescapés de son immense bibliothèque : "Je sais où se trouve chacun d'eux et j'y ai recours fréquemment."

*L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.