L'apprentissage des langues étrangères est un sujet qui revient souvent en France. Dans un récent sondage Censuswide pour Preply, plateforme de cours en ligne, 67% des Français admettent avoir sous-estimé l'apprentissage des langues étrangères et 1 Français sur 3 aimerait pouvoir en parler une plus facilement. On entend souvent qu'il faut pratiquer à l'oral pour progresser dans une langue. Si la pratique reste essentielle, une récente étude, publiée dans Journal of Experimental Psychology General, met en avant un autre facteur susceptible d'expliquer pourquoi certaines personnes apprennent plus facilement que d'autres.

Les chercheurs de l'University College London et de l'Université du Tohoku ont mesuré la précision auditive de 67 Japonais apprenant l'anglais. Ils ont notamment évalué leur aptitude à distinguer de légères différences acoustiques, comme des variations de hauteur, de durée et de tonalité dans des sons non verbaux. Ils ont également mesuré leur activité cérébrale grâce à l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, pendant qu'ils tentaient notamment de différencier deux voyelles anglaises qui n'ont pas d'équivalent direct en japonais.

Les résultats montrent que les apprenants dotés d'une meilleure précision auditive sollicitaient moins le système sensorimoteur gauche, un réseau cérébral impliqué notamment dans le traitement du langage. À l'inverse, les participants ayant une moins bonne précision auditive mobilisaient davantage ce réseau. Selon les chercheurs, ces derniers auraient ainsi plus tendance à s'appuyer sur les habitudes de prononciation de leur langue maternelle pour interpréter les sons étrangers, ce qui pourrait compliquer leur apprentissage.

"Les apprenants dotés d'une bonne oreille pour les différences auditives peuvent percevoir objectivement un nouveau son en langue étrangère, sans le traiter immédiatement comme du langage. Leur cerveau analyse plutôt l'information acoustique elle-même, et c'est peut-être la raison pour laquelle certaines personnes apprennent les langues étrangères plus facilement que d'autres", résume le professeur Kazuya Saito-van Poeteren, auteur principal de l'étude, dans un communiqué.

Mais avoir une bonne oreille n'est pas forcément une aptitude figée. Dans une précédente étude publiée en 2022, le même chercheur et ses collègues avaient montré, auprès de 98 Japonais apprenant l'anglais, qu'un entraînement à distinguer certaines caractéristiques acoustiques de sons non verbaux pouvait améliorer à la fois les capacités auditives et la reconnaissance de voyelles anglaises.

Ces résultats ouvrent des perspectives pour l'enseignement des langues selon Kazuya Saito-van Poeteren : "L’enseignement des langues étrangères devrait dépasser une approche fondée sur “plus de pratique” et s’orienter vers une approche qui développe l’oreille des apprenants pour l’apprentissage des langues en fonction de leurs capacités auditives". Son équipe souhaite désormais mettre au point un programme associant apprentissage linguistique et entraînement auditif.