Et si la hausse des diagnostics de TDAH et d'autisme s'expliquait aussi par un changement dans la manière de repérer les enfants concernés ? Au Danemark, des chercheurs de l'université d'Aarhus ont comparé les caractéristiques des jeunes diagnostiqués entre 2012 et 2022. Leur constat, publié dans la revue JAMA Psychiatry, est surprenant : sur plusieurs indicateurs sociaux et médicaux, ces enfants ressemblent davantage aujourd'hui à ceux qui ne présentent pas de diagnostic de TDAH ou d'autisme.
Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont analysé les données médicales de plus de 2,19 millions d'enfants et d'adolescents nés au Danemark entre 1994 et 2022. Parmi eux, 71 317 avaient reçu un diagnostic de trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou de trouble du spectre de l'autisme entre 2012 et 2022. Ils ont été comparés à plus de 713 000 jeunes sans ces diagnostics. Les chercheurs ont examiné 19 caractéristiques, notamment le poids à la naissance, les revenus des parents, les antécédents familiaux et le recours aux soins.
Les résultats montrent que les différences entre les deux groupes se sont progressivement réduites. Par exemple, un faible poids à la naissance, historiquement associé à une probabilité plus élevée de diagnostic, distingue désormais moins nettement les enfants concernés des autres. Cette évolution est particulièrement marquée pour le TDAH et chez les adolescents diagnostiqués entre 10 et 17 ans. "C'est un changement important" explique Magnus Kjærsgaard Tarp, principal auteur de l'étude, dans un communiqué. Il souligne que les profils des enfants diagnostiqués se rapprochent de ceux de l'ensemble de la population infantile.
Mais comment expliquer cette transformation ? Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses : une meilleure connaissance des troubles, un accès plus large aux consultations spécialisées ou encore une évolution des pratiques diagnostiques. Des faits que l'on retrouvent dans la plupart des pays d'Europe, y compris en France. Une autre étude danoise, présentée en juillet par l'université de Copenhague, va dans le même sens. En analysant les données génétiques de plus de 37 000 personnes diagnostiquées, ses auteurs ont constaté que celles identifiées plus récemment présentaient, en moyenne, une prédisposition génétique moins élevée. Ces travaux ne démontrent toutefois ni une augmentation des erreurs de diagnostic ni une diminution de la gravité des difficultés individuelles.
En France, la question concerne aussi de nombreuses familles. Selon l'Assurance maladie, dans une fiche du 14 octobre 2026, environ 5% des moins de 18 ans présentent un TDAH. La Haute Autorité de santé rappelle que ce trouble se diagnostique à partir d'une évolution clinique approfondie, et non d'un examen unique. Pourtant, accéder à ce diagnostic reste parfois long. Une enquête de l'association TDAH France, réalisée auprès de 1 566 familles, fait état d'un délai moyen de 21 mois entre les premières démarches et la confirmation du trouble.
Une étude française publiée en juin 2026, à partir de données recueillies en Isère et en Savoie, montre que plusieurs années peuvent s'écouler entre l'apparition des premiers signes et le diagnostic. Les résultats danois ne permettent pas d'affirmer que les pratiques françaises ont évolué de la même manière. Ils suggèrent néanmoins que l'augmentation des diagnostics ne traduit pas nécessairement une progression équivalente des troubles eux-mêmes. Pour les chercheurs, le prochain enjeu consiste à mieux comprendre quels enfants sont aujourd'hui identifiés, afin d'adapter les soins et l'accompagnement à leurs besoins réels.