À 7,5 années-lumière de nous, un astre presque invisible possède une caractéristique inattendue : une météo qui change. Baptisé WISE 0855, il était déjà connu des astronomes depuis 2014. Cette fois, une équipe menée par Britanny Miles, de l'université d'Arizona, a réussi à suivre les variations de son atmosphère. Ses résultats, rendus publics en septembre 2026 et présentés le 8 octobre dernier, apportent de nouveaux indices sur des nuages composés d'eau, capables de s'épaissir et de s'amincir.
Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont pointé le télescope spatial James Webb vers WISE 0855 pendant onze heures. Toutes les quinze minutes, son instrument NIRSpec a décomposé la faible lumière émise par l'astre. Contrairement à une photographie, cette méthode permet de repérer la signature de molécules et de suivre ses fluctuations. En confrontant ces mesures à plusieurs modèles atmosphériques, les chercheurs ont conclu que les nuages d'eau n'étaient pas répartis uniformément et que leur épaisseur variait au fil du temps.
Les données révèlent aussi un autre phénomène. À certaines longueurs d'onde, le signal varie jusqu'à 10%, notamment dans les bandes liées au monoxyde de carbone. Les fluctuations de ce gaz suivent celles de la phosphine. Pour l'équipe, elles témoignent de mouvements qui brassent les gaz depuis les profondeurs de l'atmosphère. À mesure que WISE 0855 tourne, le télescope reçoit la lumière de régions aux températures et aux couvertures nuageuses différentes. De quoi commencer à distinguer deux phénomènes longtemps difficiles à séparer : les nuages et la circulation du gaz.
Il ne s'agit pas d'une planète jumelle de la Terre. WISE 0855 est une naine brune, un objet né comme une étoile, mais trop peu massif pour entretenir les réactions nucléaires qui font briller le Soleil. Sa taille est proche de celle de Jupiter et sa température avoisine -8 degrés Celsius. Surtout, elle ne possède pas de surface solide comparable à la nôtre. Les observations ne révèlent ni océan, ni pluie semblable à celle de la Terre, ni eau liquide à sa surface. La ressemblance concerne uniquement certains mécanismes atmosphériques, et non des conditions favorables à la vie.
Autre précision importante : les nuages d'eau de WISE 0855 ne sont pas une découverte totalement nouvelle. Dès 2016, des observations réalisées avec le télescope Gemini avaient fourni de solides indices de leur présence, comme le rappelait alors la NASA. Ce que James Webb apporte aujourd'hui, c'est la possibilité de mieux distinguer les variations de la couverture nuageuse de celles de la température et des gaz. Les nuages n'ont toutefois pas été filmés directement : leur comportement est déduit des mesures infrarouges et de modèles scientifiques.
Cette avancée pourrait servir à étudier d'autres mondes beaucoup plus éloignés, notamment les exoplanètes géantes dont l'atmosphère reste difficile à déchiffrer. Les mêmes mécanismes de brassage de gaz se retrouvent sur Jupiter, soulignent les chercheurs. Britanny Miles souhaite désormais obtenir des observations plus longues pour préciser la durée de rotation de WISE 0855 et de comprendre comment ses différentes couches atmosphériques évoluent. Une prochaine étape qui pourrait aider les astronomes à mieux prévoir le comportement des atmosphères d'autres astres lointains.