Le grand requin blanc est un animal dont la présence est surveillée de près. Pourtant, certaines régions qu'il fréquente restent méconnues. C'est le cas du sanctuaire marin de Flower Garden Banks, zone protégée située à 200 km des côtes américaines dans le nord-ouest du golfe du Mexique, au large du Texas et de la Louisiane. Malgré plus de 35 ans de surveillance, aucun grand requin blanc n'y avait encore été officiellement recensé. Pour en savoir davantage sur les animaux qui se trouvent dans cette région, des chercheurs ont installé des récepteurs acoustiques sous-marins, capables de détecter le passage de requins équipés de balises. Dans la revue Frontiers in Marine Science, ils révèlent avoir identifié neuf grands requins blancs entre 2022 et 2025, dont cinq à l'intérieur même du sanctuaire. Les animaux ont été observés entre janvier et août, principalement au printemps et en été. 

Ce sont surtout les distances parcourues par ces requins qui ont impressionné les scientifiques. Plusieurs d'entre eux avaient été initialement équipés de balises sur la côte est des Etats-Unis, à près de 3800 km de leur lieu de détection. Plus spectaculaire encore, un mâle est revenu à Flower Garden Banks trois printemps consécutifs, entre 2023 et 2025, après avoir migré vers le golfe Saint-Laurent, au Canada. Chaque année, cet aller-retour représentait 9200 km.

Ces observations révèlent non seulement les impressionnantes capacités de déplacement des grands requins blancs, mais aussi leur tendance à revenir au même endroit régulièrement. Pour autant, les requins ne semblent pas s'installer durablement dans le sanctuaire : aucun n'a été détecté plus d'une journée dans la même zone. Les récifs pourraient donc surtout constituer un couloir migratoire. Le calendrier de leurs déplacements coïncide également avec celui de certaines proies, notamment les thons rouges, même si aucun lien direct n'a été démontré. 

Cette étude apporte de nouvelles preuves de la présence de grands requins blancs migrateurs dans le golfe du Mexique et permet de mieux comprendre leur répartition dans l'Atlantique Nord. Elle pourrait également témoigner du rétablissement progressif de l'espèce dans certaines régions, après des décennies de déclin. Les chercheurs restent néanmoins prudents : leur étude ne permet pas d'estimer le nombre total de grands requins blancs présents dans ces eaux, ni de confirmer une augmentation de leur population.