Trois gigantesques rangées d'antennes disposées en étoile, à quelques kilomètres des frontières de l'OTAN. C'est ce qu'ont révélé des images satellites analysées par l'entreprise finno-polonaise ICEYE et publiées par le média allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. La Russie construit un imposant système radar près de Gvardeysk, dans l'enclave de Kaliningrad, à environ 30 kilomètres de la frontière polonaise. Le chantier, commencé en mars 2023 selon le média spécialisé Defence24, pourrait considérablement renforcer les capacités de surveillance de Moscou en Europe.
L'installation se distingue par ses dimensions. Chacune des trois lignes d'antennes mesure plus de 500 mètres de long et l'ensemble est protégé par une double clôture. Selon les analyses rapportées par The Times, il s'agirait d'un radar transhorizon, capable de détecter des avions et des missiles à des distances estimées entre 900 et 3 000 kilomètres. À sa portée maximale, il pourrait couvrir une grande partie de l'Europe occidentale, notamment l'Allemagne, le Royaume-Uni et certaines régions françaises. Ces performances restent toutefois à démontrer : les images satellites montrent la construction du complexe, pas son fonctionnement effectif.
Mais comment un radar installé au sol pourrait-il observer aussi loin ? Contrairement aux radars classiques, limités par la courbure terrestre, ce système utilise des ondes radio qui se réfléchissent sur l'ionosphère, une région de l'atmosphère située à plusieurs dizaines de kilomètres d'altitude. Elles peuvent ainsi franchir l'horizon et détecter des objets très éloignés. Cette technologie présente néanmoins des limites : sa précision dépend notamment des conditions atmosphériques et de l'activité solaire. Repérer un appareil à grande distance ne signifie pas pouvoir l'identifier précisément ou le cibler avec une arme.
La localisation de ce chantier n'a rien d'anodin. Kaliningrad est un territoire russe situé ente la Pologne et la Lituanie, deux membres de l'OTAN. Moscou y dépose déjà d'importantes installations militaires, notamment des bases navales et des systèmes de défense aérienne. Selon les analyses satellites rapportées par la presse allemande, la Russie y développe également de nouvelles casernes et infrastructures de guerre électronique. Ce renforcement intervient dans un contexte de tensions persistantes en mer Baltique. En septembre 2026, l'OTAN a rappelé avoir renforcé ses moyens sur son flanc oriental face aux violations d'espaces aériens, aux cyberattaques et aux actes de sabotage attribués à la Russie.
La France pourrait donc se retrouver dans le périmètre théorique de surveillance de ce radar. Mais elle dispose elle-même d'une technologie comparable. L'Office national d'études et de recherche aérospatial développe depuis plusieurs années le radar transhorizon Nostradamus, installé en Normandie. Ses trois bras mesurent environ 400 mètres et regroupent 288 antennes. D'après une présentation officielle publiée en juin 2025, ce système peut détecter des aéronefs à plusieurs milliers de kilomètres.
Le chantier russe reste entouré de plusieurs inconnues. Aucune date officielle de mise en service n'a été confirmée et les capacités réelles du futur radar n'ont pas été démontrées publiquement. Les images analysées par ICEYE permettent toutefois de suivre l'avancement des travaux et l'ampleur des nouvelles infrastructures. Pour les pays de l'OTAN, l'enjeu sera désormais de déterminer quand ce dispositif deviendra opérationnel et quelles informations militaires il permettra réellement à la Russie de recueillir.