Les effets du réchauffement climatique sont de plus en plus visibles en Europe et ne se limitent pas à des étés caniculaires. Le phénomène affecte le quotidien et les besoins primaires de certains habitants, notamment leur accès à l'eau potable. Si en France comme dans la plupart des pays européens, l'eau du robinet est potable, ce n'est plus le cas dans l'archipel norvégien du Svalbard.
Cette région, la plus septentrionale de l'Europe, se trouve dans le cercle arctique et s'avère être un des endroits où le réchauffement climatique s'opère le plus rapidement. Sur place, l'augmentation des températures est impressionnant avec un gain de 2,7°C par décennie sur les températures moyennes annuelles et de 4°C sur les températures automnales.
Ce réchauffement climatique accéléré est suspecté d'être la cause de la contamination de l'eau du robinet, normalement potable, aux métaux lourds. C'est à Longyearbyen, la plus grande ville de l'archipel avec plus de 2 600 habitants, que la contamination de l'eau a été détectée en septembre 2025. Des taux de manganèse 25 fois supérieurs à la limite recommandée par l'Institut norvégien de santé publique - équivalente à 50 microgrammes de manganèse par litre - ont été mesurés dans l'eau.
Le manganèse n'est pas le seul métal à se trouver en quantité excessive dans l'eau potable du Svalbard. Le taux de ce métal a d'ailleurs diminué sur l'année écoulée pour revenir à des niveaux plus proches des limites acceptables, mais ce sont les concentrations de sulfates et de nickel dans l'eau qui ont désormais atteint des niveaux records. Mais d'où peuvent venir ces métaux ? Les chercheurs avancent de manière robuste l'hypothèse du dégel du pergélisol - un sol qui reste gelé en permanence pendant au moins deux ans - causé par le réchauffement climatique.
Le pergélisol du Svalbard est composé de schiste bitumeux contenant lui-même un minerai appelé pyrite responsable de la contamination de l'eau potable a expliqué Marjolaine Verret, spécialiste du pergélisol et professeure associée de géologie arctique au Centre universitaire du Svalbard, au Guardian. La pyrite, libérée du sol au moment du dégel, entre en contact avec l'eau et l'oxygène, s'oxyde et forme un acide qui "peut ensuite lixivier les métaux lourds contenus dans ces roches et les transférer dans l'eau", c'est-à-dire les dissoudre dans l'eau. Ces réactions sont survenues à proximité du réservoir d'Isdammen - un lac artificiel constituant la principale réserve d'eau douce à proximité de Longyearbyen - et ont donc contaminé le source d'eau potable. C'est ainsi que le manganèse, les sulfates et le nickel se sont retrouvés en trop grande quantité dans l'eau du robinet.
Si le phénomène est pour l'heure cantonné à la région du Svalbard, Marjolaine Verret, explique que cela pourrait être un "avant-goût" de l'avenir sous réchauffement climatique : "Il pourrait s'agir d'un premier exemple de l'impact des changements climatiques sur l'eau douce, notamment dans le nord du Canada et en Alaska".