Un lundi matin de septembre, il profite du mauvais temps pour éplucher sa comptabilité. Installé sur 200 hectares de céréales bios à Renneville, en Haute-Garonne, Julien Bourrounet n'avait jamais imaginé revenir un jour à l'agriculture conventionnelle. Ce retour en arrière, il le présente aujourd'hui non pas comme un choix idéologique, mais comme une décision contrainte, prise pour préserver la survie même de son exploitation.

La décision remonte à 2023. "Le déclic, ça a été la première année, en 2023, quand on a reçu le prix de nos céréales en bio, où on nous annonce 250 euros à la tonne", raconte-t-il dans une vidéo du magazine La France agricole. "Là, on s'est dit que ça ne pouvait pas marcher parce qu'avec l'année qu'on avait eu, si ça continuait un petit peu, on allait droit dans le mur." La filière bio traverse alors une crise de débouchés qui pèse lourdement sur les cours.

Les comptes confirment vite ses craintes. En 2023 puis en 2024, l'exploitation enregistre deux déficits successifs d'environ 40 000 euros chacun. Deux exercices dans le rouge et des dizaines de milliers d'euros perdus qui mettent sa trésorerie sous tension. "On a dû agir pour essayer de restabiliser un petit peu l'exploitation en allant chercher des cultures en conventionnel et une pérennité un peu plus importante", continue Julien Bourrounet. Dès 2023, il bascule donc la moitié de ses surfaces en agriculture conventionnelle (non-bio), avant de poursuivre progressivement la "déconversion" de l'essentiel de ses terres.

Ce changement de cap ne va pas sans appréhension. Il lui faut réapprendre des gestes oubliés, reprendre les traitements phytosanitaires et ressortir le pulvérisateur, avec une certaine réticence au départ. "Quand il a fallu refaire le premier traitement, quand j'ai dû utiliser le pulvé pour la première fois, j'avais un peu d'appréhension", confie-t-il. "On est sur des produits qui sont phytopharmaceutiques. Quand on sait comment marchent les produits, on se dit derrière qu'on est quand même bien aidé, bien protégé."

En parallèle, il cherche à réduire ses charges et à ménager ses sols. Julien Bourrounet estime que ses années de bio, avec un recours important au labour, ont provoqué une érosion plus marquée de ses parcelles. Désormais, il travaille sur le décompactage, autrement dit fendre et fissurer le sol en profondeur sans le retourner, contrairement au labour, et réfléchit au semis direct, qui consiste à semer les graines directement dans le sol sans aucune préparation mécanique préalable. Un pas qu'il n'a pas encore franchi.

Pour sécuriser ses revenus, l'agriculteur ne mise pas uniquement sur ses champs. Il exerce aussi, pour la quatrième année, comme formateur dans un lycée agricole. Un filet de sécurité mais aussi un complément de salaire qui lui permet de moins puiser dans la trésorerie de la ferme.

Les calculs, eux, parlent d'eux-mêmes. "En conventionnel, on peut espérer faire 70 quintaux, ça fait 7 tonnes/ha à peu près, et on le vend aujourd'hui aux alentours des 200 euros", chiffre-t-il. Un tarif à la tonne inférieur à celui du bio, mais qu'il juge bien plus rentable une fois la marge globale prise en compte. Résultat : en 2025, l'exploitation a renoué avec les bénéfices, avec un résultat positif de plus de 20 000 euros.