Comment la vie est-elle apparue sur Terre ? C'est l'une des questions fondamentales que se posent encore les scientifiques. L'une des hypothèses très répandues est que les comètes auraient apporté sur notre planète certaines des molécules nécessaires à l'apparition de la vie. Une nouvelle étude publiée dans la revue Scientific Reports remet sérieusement en question cette théorie. "Historiquement, les scientifiques pensaient que les comètes avaient joué un rôle crucial dans l'apparition de la vie sur Terre, car elles transportaient des molécules contenant du carbone et de l'azote. Ces gigantesques boules de neige spatiales étaient donc perçues comme une sorte de sésame, apportant à une planète toutes les molécules nécessaires à l'émergence de la vie", a rappelé le Dr Richard Anslow, auteur principal de l'étude et chercheur à l'Institut d'astronomie de Cambridge, dans un communiqué.

Pour déconstruire cette idée, les chercheurs de l'Université de Cambridge ont réalisé des simulations informatiques pour reconstituer les impacts de comètes avec la Terre primitive, il y a plus de 4 milliards d'années. Ils se sont particulièrement intéressés au cyanure d'hydrogène (HCN), une molécule prébiotique régulièrement présente dans les comètes du système solaire. Cette molécule pourrait avoir joué un rôle dans l'apparition de la vie car elle peut participer à des réactions chimiques permettant de fabriquer certains constituants essentiels du vivant. Elle est également relativement résistante aux températures élevées, par rapport à d'autres molécules organiques plus complexes. 

Leurs résultats montrent que les comètes arrivent généralement à une vitesse trop élevée et selon un angle trop abrupt pour que certaines molécules organiques résistent au choc. Une grande partie de ces molécules serait ainsi détruite par les températures extrêmes provoquées par l'impact. Même lorsque le HCN survit à l'impact d'une comète, les conditions permettant d'en déposer une concentration suffisante sont très rares. Dans 54% des 100 000 simulations effectuées, aucun impact n'a permis d'atteindre la concentration jugée nécessaire pour certaines réactions chimiques prébiotiques. De plus, le nombre de comètes frappant la Terre a rapidement diminué au cours des 500 premiers millions d'années de son histoire, réduisant encore les chances d'un tel événement. Et même si la quantité déposée sur la terre ferme était suffisante, le HCN pouvait rapidement être dilué par les précipitations ou les eaux souterraines, notamment dans les cratères formés par les impacts. Les réactions chimiques nécessaires à l'apparition de la vie auraient donc dû se produire en très peu de temps.

"Il faudrait vraiment un événement rarissime, car il faudrait non seulement un impact à la vitesse et à l'angle précis, mais aussi que tout se produise ensuite, notamment la concentration et la vitesse auxquelles les réactions chimiques à l'origine de la vie se sont mises en place. On ne peut pas exclure formellement que cela se soit produit ainsi. Mais cela semble être un événement extrêmement rare – au mieux, un pur hasard", a résumé le spécialiste.

D'autres hypothèses restent donc possibles pour expliquer l'origine des molécules nécessaires à la vie sur Terre. Des impacts d'astéroïdes, qui auraient notamment pu favoriser la production de ces molécules dans l'atmosphère terrestre, ou d'autres processus chimiques naturels, directement sur Terre, pourraient également avoir contribué à leur formation. L'origine exacte de la vie demeure donc une énigme.