Pendant près de vingt ans, Peter Hughes a fait tourner les bagues d'un cadenas sans jamais trouver comment l'ouvrir. Cet amateur de détection de métaux l'avait découvert en 1999 dans le sable de Margam, près de Port Talbot, au pays de Galles. Malgré ses quatre anneaux encore mobiles, l'objet refusait de livrer son code. "J'ai essayé de l'ouvrir pendant une vingtaine d'années et j'ai échoué", a-t-il confié à la BBC. Des chercheurs viennent de réussir là où ses tentatives avaient échoué.
Le cadenas appartient à une collection d'objets associés à l'Ann Francis, un navire marchand échoué sur cette côte le 28 décembre 1583. D'après la Musée nationale du pays de Galles, le bateau revenait d'Espagne lorsqu'une tempête l'a déporté jusqu'à la plage. Le propriétaire du navire, Francis Shaxton, marchand établi à King's Lynn, avait envoyé une cargaison de blé vers la péninsule ibérique. Le bateau rapportait notamment de l'argent issu de ce commerce.
L'épave raconte aussi un épisode mouvementé de l'histoire locale. Les archives judiciaires étudiées par le musée font état de pillages après le naufrage et de conflits autour de la récupération de la cargaison. Plus de quatre siècles après, des tempêtes et des travaux de dragage ont mis au jour des pièces et d'autres vestiges. Entre 1996 et 2017, Peter Hughes a retrouvé une grande partie de cet ensemble, comprenant environ 870 monnaies d'or et d'argent, selon le musée.
Pour percer le mystère du cadenas, les spécialistes du musée ont fait appel à David Williams, chercheur à l'université de Cardiff. L'équipe a utilisé un scanner à microtopographie, capable de produire une image en trois dimensions de l'intérieur de l'objet sans le démonter ni l'endommager. Cette technique sert habituellement à examiner des os et d'autres structures biologiques. Les images ont révélé la position des encoches du mécanisme, permettant de retrouver l'alignement des lettres.
La combinaison était "ANCE". Selon la BBC, le cadenas comportait quatre bagues de six lettres chacune, soit 1296 combinaisons possibles. Le code a permis de l'ouvrir, mais sa signification reste inconnue. Le conservateur Alastair Willis souligne que ce type de serrure existait déjà à l'époque élisabéthaine. Sa conservation exceptionnelle et son association avec un naufrage précisément daté en font un témoignage rare. Les chercheurs ignorent aussi ce qu'il protégeait : peut-être un coffret contenant des pièces, des documents ou des tissus, dont le contenant n'a pas été retrouvé.
Le cadenas est aujourd'hui présenté au National Waterfont Museum de Swansea, avec des monnaies anciennes et d'autres objets issus de l'Ann Francis. La réponse à l'énigme mécanique est désormais connue, celle de la justification des quatre lettres ne l'est toujours pas.