À près de 2 800 mètres d'altitude, il a fallu installer une grille métallique dans une paroi rocheuse presque verticale. La raison : derrière cette entrée se trouve une grotte que personne ne semblait avoir explorée, remplie d'ossements d'ours préhistoriques. Elle a été repérée le 3 juillet 2026 par Kurt Walde, guide de montagne et spéléologue, dans les Dolomites du Tyrol du Sud, au nord de l'Italie. "Vivre une chose pareille, c'est incroyable", a-t-il raconté dans une vidéo relayée par le journal allemand Welt. 

La découverte ne doit rien à une promenade improvisée. Selon le gouvernement provincial du Tyrol du Sud, Kurt Walde a identifié la cavité près du sommet des Conturines, dans le val Badia. Celle-ci s'étend sur environ 170 mètres, avec des passages atteignant six à huit mètres de hauteur. Les premières observations ont révélé des milliers d'os, dont certains appartiennent à des squelettes presque complets. Mais leur nombre exact n'a pas été établi : il serait prématuré d'évoquer des "milliers de squelettes". 

Le lieu n'est pas inconnu des paléontologues. Le 23 septembre 1987, un autre guide Willy Costamoling, avait découvert une première grotte à ours dans le même massif, plus bas sur la montagne. Une étude publiée en 2017 dans la revue Radiocarbon a montré que les ossements de cette ancienne cavité dépassaient 46 000 à 50 000 ans. Ces datations ne s'appliquent pas automatiquement au nouveau site. Les chercheurs doivent encore préciser l'âge et l'identité des animaux retrouvés en juillet, entre les formes Ursus spelaeus et Ursus ladinicus.

Pourquoi donc fermer une découverte aussi importante ? Pour éviter qu'elle ne soit dégradée avant les analyses. "Nous devions envisager que des pillards puissent pénétrer sur le site", explique Christian Terzer, directeur du service provincial d'archéologie, dans un communiqué. Une bâche anti-poussière a d'abord protégé l'intérieur pendant les travaux, puis une grille a été fixée à l'entrée. D'après Welt, les équipes ont porté des tenues de protection et n'ont prélevé qu'un seul os, menacé par l'installation du dispositif. 

Les fossiles pourraient éclairer la disparition des ours des cavernes, sans en fournir à eux seuls l'explication. Une étude génétique parue en 2019, fondée sur 59 nouveaux génomes mitochondriaux provenant de 14 sites européens, a identifié un déclin des populations autour de 40 000 ans avant notre époque. Celui-ci coïncide avec l'expansion des humains modernes, sans démontrer que la chasse aurait été l'unique cause de l'extinction.

L'intérêt scientifique tient surtout à l'état du site, qui semble avoir échappé aux intrusions humaines. Les chercheurs veulent analyser l'ADN des os et des sédiments, mais aussi les traces de végétation et de climat ancien. Ils cherchent également à savoir si cette grotte était reliée à celle découverte en 1987, une hypothèse non démontrée. L'hiver rend désormais la falaise inaccessible : selon Welt, les premières grandes investigations sont envisagées pour juin 2027.