C'est l'un de ces conseils et "astuces" qui reviennent sur les réseaux sociaux depuis de nombreuses années. On le dénichait dès 2018 sur le réseau social Facebook, sous la forme de petit tuyau à partager immédiatement à tous ses contacts. "SI ON VOUS FORCE SOUS LA MENACE A RETIRER DE L'ARGENT A UN DISTRIBUTEUR AUTOMATIQUE : Introduisez votre code pin à l'envers (ex. si votre code est 1234, introduisez 4321) la machine reconnaît votre code, mais sait que vous l'avez introduit volontairement à l'envers. La police sait donc que vous êtes menacé et peut intervenir".
Est-ce vrai ? Le blog de l'entreprise de cybersécurité Kaspersky a donné la réponse et revient sur l'histoire de cette "trouvaille". Premier élément de réponse, la légende ne sort pas totalement de nulle part ! Comme souvent, elle contient une part de vérité. En 1994, un avocat américain, Joseph Zingher, a déposé une demande de brevet pour une méthode transformant un code PIN inversé en appel d'urgence de la banque vers la police.
L'idée selon Kaspersky, qui explique le fonctionnement de l'invention, était de permettre à un client d'alerter les forces de l'ordre à l'insu de son agresseur. Le brevet est bien accordé, mais son déploiement se heurte à de nombreux obstacles.
Dans les années 2000, des élus américains tentent de faire adopter une loi contraignant les banques à installer ce dispositif. C'est aussi à ce moment que les premières chaînes de messages décrivant l'astuce commencent à circuler en ligne, comme si la fonctionnalité existait déjà.
Mais les banques et les régulateurs ne sont pas convaincus ! Kaspersky rappelle les arguments avancés par les opposants : le système serait coûteux à déployer, son efficacité en situation réelle serait difficile à évaluer, et la police risquerait de crouler sous les fausses alertes. S'y ajoute un risque : combien de personnes, sous la menace d'une arme, parviendraient réellement à inverser correctement leur code ? Dans la panique, ne se mettraient-ils pas davantage en danger ?
Cette dernière crainte est confirmée par les professionnels du secteur. Interrogée par l'AFP en 2019, Tiffini Bloniarz, directrice chez Diebold Nixdorf, plus grand fabricant de distributeurs au monde, expliquait que la technologie n'avait jamais été adoptée "par crainte que les usagers, sous le stress, puissent hésiter et rencontrer des difficultés à entrer leur code pin à l'envers, menant alors à un plus grand risque de violence". Du côté de l'association mondiale de l'industrie des distributeurs (ATMIA), son directeur Curt Binns était aussi catégorique : "Il s'agit juste de personnes mal intentionnées cherchant à attirer l'attention sur Facebook, mais c'est faux."
Sept ans plus tard, rien n'a changé ! Aucun distributeur au monde n'utilise ce système. La filière bancaire ne l'a jamais adopté et Joseph Zingher n'a jamais tiré profit de son invention. En clair, taper son code PIN à l'envers n'appelle personne. Face à une situation à risque, les banques recommandent plutôt d'éviter les distributeurs isolés, de se méfier des individus suspects aux alentours et de rester vigilant face aux dispositifs de fraude à la carte bancaire, au distributeur comme en ligne.