Imaginez la scène. Vous filez sur une autoroute limitée à 130 km/h. Un moment d'inadvertance et votre compteur affiche 140 puis soudain, un éclair vous saute aux yeux : le radar vous a flashé. Vous rentrez chez vous, l'estomac noué, guettant le facteur pendant des jours. Et puis rien. Aucune contravention. Étrange ? Pas tant que cela. Chaque année, le contrôle de sanction automatisé de Rennes traite 12 millions de PV d'excès de vitesse, mais beaucoup n'arrivent jamais.
Pour comprendre, il faut d'abord savoir que le chiffre affiché sur votre tableau de bord ment un peu. Le compteur calcule la vitesse en fonction de la rotation des roues. Or, la loi oblige les constructeurs à surestimer la vitesse d'environ 5 %. Autrement dit, il n'indique jamais une vitesse inférieure à la réalité. Si votre compteur affiche 140 km/h, votre vitesse réelle se situe généralement entre 134 et 136 km/h.
Ensuite intervient la fameuse marge technique des radars. Un radar fixe retire 5% de la vitesse mesurée au-delà de 100 km/h. Un radar mobile embarqué, lui, retire même 10%. A une vitesse "réelle" de 136 km/h il est presque certain que vous n'aurez pas de sanction en passant devant un radar. Un radar fixe, après retrait de 6,8 km/h, retiendra 129 km/h. Donc pas de sanction, même si le flash s'est déclenché.
Car le radar, machine automatique, flashe d'abord et calcule après. Sur une route limitée à 130 km/h, il est programmé pour se déclencher dès qu'il détecte un véhicule à 131 km/h en vitesse brute. La déduction de la marge se fait ensuite. Résultat : le flash part, mais l'amende reste dans les limbes. À cela s'ajoutent les plaques illisibles, les photos floues ou les deux-roues sans plaque avant, qui font qu'"environ un tiers des véhicules flashés échappent à toute verbalisation", soit près de 5,5 millions de PV "fantômes" chaque année rapportait Ouest-France en juin 2025.
Alors, comment connaître sa vitesse réelle ? La réponse tient dans un boîtier que vous avez sous les yeux : le GPS. Celui-ci donne la vitesse réelle la plus précise, tandis que le compteur de la voiture affiche toujours une vitesse légèrement supérieure pour vous offrir une marge de sécurité. Qu'il s'agisse du GPS embarqué, de Google Maps ou encore de Waze sur votre téléphone, un GPS calcule votre déplacement grâce aux satellites, au plus près de la réalité (même s'il peut perdre le signal dans un tunnel).
Certains conducteurs poussent donc la logique jusqu'à rouler à 135-136 km/h réels au GPS et donc près de 140 km/h sur le compteur du véhicule, sachant qu'après retrait des 5%, la vitesse retenue sera de 129 km/h. Mais attention : il s'agit d'une pratique risquée en cas de descente ou de baisse soudaine de la limitation. La marge existe, elle ne se joue pas à pile ou face.