Avec son bourdonnement grave et sa silhouette trapue et velue, le bourdon fait partie des premiers visiteurs du jardin aux beaux jours. Pourtant, cet insecte paisible souffre encore de nombreuses confusions. Non, ce n'est pas le mâle de l'abeille, ni un frelon déguisé. Il s'agit d'une grande abeille sauvage du genre Bombus, reconnaissable à son corps rond recouvert d'une épaisse fourrure noire rayée de bandes jaunes, blanches ou orangées selon l'espèce. Cette pilosité remarquable permet au bourdon de maintenir la température de son thorax à 30°C, nécessaire au vol, même par temps frais.
Les bourdons sont remarquablement pacifiques et les femelles, seules pourvues d'un dard, n'attaquent que si elles sont directement menacées ou si leur nid est perturbé. En France, on dénombre plus de quarante espèces de bourdons, le plus commun étant le bourdon terrestre (Bombus terrestris) avec de modestes colonies de 50 à 400 individus. La taille y varie considérablement : les reines peuvent atteindre 25 millimètres, les ouvrières entre 11 et 17 millimètres, tandis que les mâles restent généralement plus petits.
L'importance écologique des bourdons dépasse largement leur apparence sympathique. Leur atout majeur reste la pollinisation par vibration ou "buzz pollination", technique que les abeilles domestiques ne maîtrisent pas. En faisant vibrer leurs muscles à plus de 400 hertz tout en s'agrippant à la fleur, ils libèrent efficacement le pollen des plantes comme les tomates, aubergines et poivrons, au point que certaines serres commerciales utilisent désormais des colonies pour augmenter leurs rendements.
Mieux, comme l'explique Thierry Jeanne du Jardin de la Poterie, "quand les bourdons ne peuvent pas rentrer directement dans la fleur, ils contournent le problème en faisant un trou, pour pouvoir pomper le pollen contenu à l'intérieur". Une technique astucieuse qui profite aussi aux abeilles qui utilisent ensuite ces ouvertures. Les bourdons sont aussi capables de voler dès 5°C alors que les abeilles ont besoin d'au moins 15°C, il travaillent jusqu'à 4 heures de plus qu'elles quotidiennement.
Selon les données de la LPO, ils pollinisent ainsi efficacement "dès l'aube, au printemps à des températures inférieures à 15°C, par temps couvert, pluvieux et même venteux". Malheureusement, alors que "80% des plantes à fleurs ont besoin d'eux pour se reproduire", les populations déclinent dangereusement : selon l'Union internationale pour la conservation de la nature, 24% des espèces européennes sont menacées.
Il n'est pas rare de trouver un bourdon épuisé, immobile au sol. On le sait peu, mais quelques gestes simples s'imposent. D'abord, déplacez-le délicatement vers un endroit ensoleillé et abrité. S'il ne repart pas après vingt minutes, proposez-lui une goutte d'eau sucrée à 50% sur une cuillère (jamais de miel qui peut transmettre des maladies). Souvent, l'insecte retrouve ses forces en quelques minutes, fait vibrer ses ailes pour se réchauffer et s'envole. Pour favoriser durablement leur présence, privilégiez les plantes mellifères comme les lavandes, sauges et trèfles, laissez des zones non tondues et proscrivez évidemment les pesticides.