Entre Robert de Niro et Martin Scorsese, c'est une histoire qui dure. L'acteur et le réalisateur ont collaboré pendant de longues années sur des projets devenus cultes : Taxi Driver, Les affranchis, Casino ou encore La valse des pantins. A la ville, ils sont également très amis, ce qui explique que cette collaboration a pu durer plusieurs décennies.
C'est pourquoi Robert de Niro était présent lorsque Martin Scorsese a vécu l'un des moments les plus difficiles de sa vie. Après les succès de Mean Street puis surtout Taxi Driver (Palme d'or au Festival de Cannes 1976), Martin Scorsese souffre d'une addiction à la cocaïne qui impacte son travail, notamment sur le tournage de la comédie musicale New York, New York. Le tournage est chaotique, le film un échec commercial. Le réalisateur entame une liaison avec Liza Minelli qui lui coûte sa relation avec la scénariste Julia Cameron, et le cinéaste plonge encore davantage dans la cocaïne et dans la dépression.
Robert de Niro arrive alors pour lui proposer un nouveau projet : un film sur la vie du boxeur Jake LaMotta. Scorsese n'est alors pas emballé, et refuse. Mais son état s'aggrave, et le réalisateur est hospitalisé en urgence après une overdose qui lui cause une hémorragie interne. "Il m’était de plus en plus impossible de fonctionner, physiquement et mentalement, jusqu’à ce que je finisse par m’effondrer", raconte le cinéaste à Jay Glennie, auteur de Raging Bull : The Making Of.
Robert de Niro lui rend visite lors de sa convalescence, et tente alors de le secouer pour l'aider à se reprendre. L'acteur aurait demandé à Scorsese : "Qu'est-ce que tu veux faire ? Tu veux mourir ? C'est tout ? Tu ne veux pas vivre assez longtemps pour voir ta fille grandir et se marier ? Tu seras l'un de ces réalisateurs qui font seulement deux-trois bons films, et puis terminé ?"
De son côté, Robert De Niro se rappelle de cet échange légèrement différemment, déclarant à Jay Glennie : "C'était impensable pour moi de passer à autre chose sans Marty. Mais il fallait que je lui donne cette porte de sortie s'il la voulait. Je me rappelle lui avoir dit qu'il pouvait en faire un film très spécial, et dont on se souviendrait pour toutes les bonnes raisons. Pour moi, personne d'autres n'aurait pu faire [ce film] aussi bien - c'est tout." Le producteur Irwin Winkler, lui, ne "sait pas ce qui a affecté Marty le plus : Bob lui disant 'tu vas mourir' ou 'tu ne feras jamais d'autres films.' Marty est tellement passionné de cinéma que c'est peut-être ça qui a suffi."
Quoi qu'il en soit, c'est suffisant pour motiver le cinéaste, qui se lance dans la production de ce qui deviendra l'un de ses plus grands films : Raging Bull, sorti en 1980. Il offre à Robert de Niro le rôle principal, celui d'un boxeur déchu qui se relève après une descente aux enfers. " J'ai finalement trouvé le point d'attrait", révèle le cinéaste dans la version américaine de Vanity Fair. "L'autodestruction, la destruction des gens autour de vous, juste pour le plaisir. J'étais Jake LaMotta."
Quatre ans après Taxi Driver, le cinéaste signe son nouveau chef d'oeuvre, met un terme à son addiction à la drogue, et retrouve le succès. Raging Bull est nommé huit fois aux Oscars, et décroche celui du Meilleur acteur pour Robert de Niro, et celui du meilleur montage. Aujourd'hui, c'est un classique du cinéma, qui a permis à Martin Scorsese d'en réaliser de nombreux autres.