Il n'est pas rare que le favori de la presse reparte bredouille d'une cérémonie de remise de prix. Le dernier Festival de Cannes, en mai 2026, l'a bien montré : alors qu'une grande partie de la critique française (dont Linternaute faisait partie) espérait une victoire de Notre salut, le film d'Emmanuel Marre n'a finalement pas remporté la Palme d'or et s'est incliné face à Fjord. Il a tout de même reçu le Prix du Scénario et figure au palmarès final.
Dans ce deuxième long-métrage, le réalisateur Emmanuel Marre (Rien à foutre) remonte les traces de l'un de ses ancêtres et s'interroge sur son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale. Il peint le portrait d'Henri Marre (incarné par un Swann Arlaud en grande forme), ingénieur médiocre mais extrêmement ambitieux, qui profite de l'armistice de 1940 pour faire sa place au sein du gouvernement de Vichy.
On en a connu, des films sur la collaboration et la Seconde Guerre mondiale. Mais Notre salut a le mérite d'offrir un regard neuf et original sur cette période et, surtout, d'en faire un film moderne. A la manière d'un épisode de The Office, la mise en scène adopte les codes du documentaire et une esthétique très contemporaine (à travers des musiques anachroniques comme "Live Is Life" d'Opus ou "Pop corn" de Hot Butter, ou des dialogues au langage et aux expressions actuelles). Le tout donne l'impression que ce qui est dépeint dans le film se passe de nos jour.
Non seulement Notre salut dépoussière un genre très académique et codifié, mais il a une vraie posture : dessiner le portrait de l'horreur banale de la collaboration et en profiter pour dresser plusieurs passerelle avec notre présent. Attention, semble dire le film, la pente du collaborationnisme est glissante, et l'arrivisme peut nous faire sombrer dans l'horreur la plus totale, surtout lorsqu'on ne la voit pas.
En parlant de notre passé, Emmanuel Marre s'inquiète principalement pour notre avenir, et aucun film traitant de la Seconde Guerre mondiale ne ressemble à Notre salut. Après sa projection à Cannes, le public français peut désormais le découvrir au cinéma ce 30 septembre 2026.