En 1974, Stephen King débute sa carrière d'écrivain par la publication d'un premier roman d'horreur : Carrie. Encore aujourd'hui, tout le monde se souvient de la scène du bal de promo, où l'héroïne aux pouvoirs télékinétiques, tout juste couronnée reine de l'année, se fait inonder de sang de porc. Il n'en faut pas plus pour qu'elle lâche les vannes et se venge de tous ses persécuteurs, au lycée ou à la maison.

En 2026, l'immense Mike Flanagan, qui a déjà touché juste avec The Haunting of Hill House, Midnight Mass ou Life of Chuck, en offre une relecture géniale, sur Prime Video ce mercredi 7 octobre. Plutôt que d'adapter à la lettre le roman de Stephen King, le réalisateur a choisi de transposer l'intrigue dans l'Amérique de Trump. Il s'est d'ailleurs inspiré de deux faits divers contemporains : l'affaire Turpin, dans laquelle 13 enfants ont grandis confinés dans leur maison sans que personne ne soupçonne leur existence, et l'histoire du lycée d'Albany, en Californie, ébranlée par un scandale suite à du harcèlement raciste sur Instagram.

Transposer l'histoire de Carrie à notre époque n'est pas seulement une bonne idée : c'est une nécessité. Cinq décennies auparavant, le roman abordait déjà la thématique du harcèlement scolaire avec férocité. A l'ère du téléphone et des réseaux sociaux, des fusillades de masse et de la pression de l'avenir, ces questions ont pris une nouvelle dimension. Les erreurs et humiliations de chacun sont filmées et publiées à la vue de tous, rentrent dans les mémoires collectives, les faits sont tordus et montés sans explication possible. Le lycée de Carrie devient le miroir d'une société divisée qui ne s'écoute plus.

Aux côtés de ces ados, victimes et bourreaux, se trouvent un personnel éducatif impuissant, des parents inquiets et violents qui ne font plus confiance au corps professoral. La série est véritablement glaçante et volontairement rageante, et décortique ce phénomène avec beaucoup de précision. D'épisode en épisode, la tension monte, jusqu'à l'explosion (sanglante). 

Mike Flanagan fait de nombreux changements bienvenus avec le roman original. D'adolescente terrifiée et persécutée dans l'adaptation de Brian de Palma, Carrie (Summer H. Howell, un talent à suivre) devient une jeune fille enfermée des années dans sa demeure qui découvre pour la première fois le monde. Elle est curieuse, avide de lectures et résolument optimiste, avant que la violence de la société ne finisse par la corrompre. De peste clichée, Chris (Alison Thornton) devient une ado paumée, qui reprend du pouvoir sur ses camarades pour oublier que tous ses repères s'effondrent. La mère de l'héroïne, Margaret White, gagne également en complexité et ne peut plus être réduite à une fanatique religieuse, grâce à la performance une nouvelle fois bluffante de Samantha Sloyan, dont on aimerait que le talent soit reconnu en dehors de l'oeuvre de Flanagan.

Si on a adoré cette nouvelle adaptation de Carrie, nous avons toutefois une grosse déception : l'intrigue s'aventure trop sur le terrain du supernaturel, à travers des introductions répétitives d'épisode et des sous-intrigues annexes (nous n'en disons pas plus afin de ne pas révéler trop de spoilers, mais on pense surtout à l'ajout du personnage d'Emmaline). Loin d'étoffer la série, ces mystères et rebondissements n'ajoutent finalement pas grand chose à l'histoire. Pire : ils gâchent la fin de la série en rajoutant 30 minutes qui gâchent le climax de l'histoire. On se pose la question : était-ce pour créer une suite ? Des séries dérivées ? Ou simplement pour faire tenir le scénario en huit épisodes ? Aucune idée, mais c'est dommage. Malgré ce bémol, Carrie reste pour le moment la meilleure série à voir cette automne sur Prime Video.