Plus de 25 ans après, Le Seigneur des Anneaux reste "la" trilogie parfaite pour de nombreux spectateurs. L'adaptation de l'oeuvre de Tolkien par Peter Jackson reste l'une des plus ambitieuses de l'histoire du cinéma. Malgré son budget estimé à 285 millions de dollars, cela reste un succès populaire, financier (presque 3 milliards de dollars de recettes pour les trois films) et critique. Le dernier épisode, Le retour du roi, a même remporté 11 Oscars, dont celui du Meilleur film et de la Meilleure réalisation en 2003. Les deux épisodes précédents ont également reçu des prix techniques. Depuis, cette trilogie a donné lieu à un regain d'intérêt pour l'oeuvre de Tolkien, d'autres films situés en Terre du Milieu et une série sur Prime Video.

Quand on voit le succès stratosphérique de la franchise, difficile d'imaginer qu'il aurait pu en être autrement. Et pourtant, Peter Jackson a dû se battre pour protéger sa vision, face à deux colosses d'Hollywood : Bob et Harvey Weinstein, producteurs de Miramax aux nombreux succès. Dans l'ouvrage There and Back Again : the Unofficial Oral History of the Lord of the Rings Films paru le 22 octobre dernier aux Etats-Unis, Sam Moore revient sur la genèse de la trilogie, et notamment sur l'affrontement entre le réalisateur et les producteurs. Harvey Weinstein, adepte des livres, est enthousiaste, quand son frère Bob est plus sceptique sur le projet.

Le nerf de la guerre, comme souvent, est alors l'argent. Alors que Peter Jackson travaille sur l'adaptation des livres de Tolkien avec Miramax, la maison mère de la société de production, Disney, impose des contraintes budgétaires. On demande au réalisateur de se contenter de baisser le budget prévu. Harvey Weinstein veut alors faire un seul film, au lieu des deux prévus au départ, et de supprimer des scènes majeures de l'intrigue, comme le Gouffre de Helm. A l'inverse, Weinstein demande à ce qu'on tue l'un des personnages Hobbit.

Face au refus de Peter Jackson, Harvey Weinstein menace le réalisateur de le remplacer par Quentin Tarantino. Le magnat d'Hollywood lui donne alors quelques semaines pour proposer le projet à d'autres studios, à condition de rembourser les frais de pré-production et qu'ils aient droit à 5% des premières recettes brutes du projet.

Heureusement pour le cinéaste et les fans de Tolkien, New Line Cinema accepte et propose même d'adapter l'histoire en trois films au lieu de deux : "Bob [Shaye, de New Line Cinema] a accepté toutes les conditions", se souvient Kamins, manager de Peter Jackson, dans des propos rapportés par The Independant. "Harvey était stupéfait : il s'attendait à ce qu'on échoue."

De son côté, Jack Lechner, vice-président exécutif de la production et du développement chez Miramax Films, estime que "si Miramax était resté impliqué, les films n'auraient pas connu le même succès. Ils n'auraient pas été aussi bons. Harvey n'aurait pas pu s'empêcher d'intervenir de toutes les manières possibles, au détriment des films. Il aurait rendu Peter fou, et Peter l'aurait rendu fou lui aussi. Je vous garantis qu'il aurait viré les acteurs au bout d'un mois de tournage, les aurait remplacés et aurait tout recommencé. Dieu seul sait ce qu'il aurait fait en postproduction. La meilleure chose qui soit arrivée à Peter et au film, c'est de dire adieu à Miramax".

Peter Jackson n'en est pas resté là. La rumeur voudrait que le réalisateur se serait discrètement vengé en s'inspirant du visage de Harvey Weinstein pour l'un des Orc du film, créatures qui ne sont pas réputées pour leur beauté.