Terminer son repas, se lever et rapprocher sa chaise de la table, voilà un comportement trop anodin pour révéler quoi que ce soit d'une personne. Et pris isolément, c'est effectivement le cas. Ce geste discret s'inscrit dans un ensemble de normes sociales implicites destinées à faciliter la cohabitation. Dans les cantines, les restaurants ou les lieux de travail, ranger systématiquement sa chaise est souvent perçu comme une simple marque de savoir-vivre. Mais ce petit réflexe intrigue autant les sociologues que les psychologues qui voient ce type d'habitudes comme de possibles expressions d'ordre, de responsabilité et de considération pour ceux qui utiliseront le même espace ensuite.

Une personne qui range toujours sa chaise aurait une personnalité dominée par un trait de caractère précis : la conscienciosité. Elle fait partie des "Big Five", un modèle psychologique selon lequel tous les individus possèdent les cinq mêmes traits de personnalité : l'ouverture à l'expérience, l'extraversion, l'agréabilité, le neuroticisme et la conscienciosité. Comme l'explique le site Psychologies, cela désigne "le sens des règles, l'organisation, la fiabilité, l'attention portée aux conséquences de ses actes."

"Ce trait est fortement associé au sens des responsabilités, à l'attention aux autres et au respect des normes sociales", abondent par ailleurs des psychologues", dans une étude américaine publiée sur Pubmed Central. Il faut toutefois rester prudent. Une personne peut accommoder sa chaise parce qu'on le lui a appris à la maison, à l'école ou au travail, par préférence esthétique voire par simple habitude. Et l'inverse est tout aussi important : oublier de repousser sa chaise ne démontre ni égoïsme, ni manque d'empathie.

Ce qui rend ce geste plus parlant, c'est surtout sa répétition dans des contextes différents. Une personne qui a tendance à ranger ce qu'elle utilise, à nettoyer derrière elle et à dégager les zones communes, elle peut montrer un schéma d'ordre, de considération sociale de volonté d'atteindre ses objectifs à long terme, de réfléchir posément à ses choix. Les personnes consciencieuses au quotidien le sont aussi dans leur travail, faisant généralement preuve d'assiduité, de fiabilité, de sens de l'organisation et de maîtrise de soi.

Ces gestes débordent jusqu'à la gestion des émotions. "Une personne consciencieuse est aussi douée pour l'autorégulation et la maîtrise de ses impulsions", détaille ainsi le magazine spécialisé Psychology Today, qui évoque même des individus "moins susceptibles d'adopter des comportements à risque comme le tabagisme et la consommation excessive d'alcool".

Mais attention encore : derrière ce geste de politesse peut aussi se cacher la peur du jugement d'autrui, l'envie de se dissimuler et, revers de la médaille, une certaine rigidité. Selon le manuel NEO-PI-R, test de personnalité développé par Paul T. Costa Jr. et Robert R. McCrae faisant référence en psychologie, une conscienciosité très élevée s'accompagne parfois d'une difficulté à lâcher prise, d'un besoin excessif de contrôle ou d'une anxiété face à l'imprévu. Le geste de la chaise ne serait alors qu'une petite pièce d'un ensemble bien plus vaste.