Le mot est partout. On l'emploie pour décrire un ex-conjoint, un parent difficile ou un collègue imbu de lui-même. Mais derrière cet usage banalisé se cache une réalité clinique bien plus sérieuse. La Société canadienne de psychologie rappelle que le narcissisme fait partie de l'organisation de la personnalité et représente "la façon dont les gens maintiennent une image positive d'eux-mêmes, régulent leur estime de soi et gèrent leurs besoins d'affirmation".

Qu'on ne se méprenne pas : avoir une bonne estime de soi est sain. Le problème surgit lorsque ces mécanismes deviennent des stratégies malsaines pour affronter la moindre déception. Les cliniciens parlent alors de trouble de la personnalité narcissique, diagnostiqué lorsqu'une personne présente au moins cinq critères du DSM-5, la cinquième et plus récente édition de l'ouvrage du "Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques", ouvrage de référence sur les troubles mentaux.

Parmi ces critères, on relève un "sens grandiose de sa propre importance", un "besoin excessif d'être admiré" ou encore un net "manque d'empathie". Le narcissisme prend alors deux visages. Le narcissisme grandiose, spectaculaire, mêle arrogance, domination et recherche d'attention. Le narcissisme vulnérable, plus discret, se caractérise par "une image de soi fragile et une faible estime de soi qui dépend de la validation externe". Les deux coexistent souvent chez une même personne, un comportement ouvertement arrogant pouvant masquer des sentiments d'inadéquation.

C'est ici que la psychologue judiciaire germano-canadienne Julia Shaw a voulu casser les codes établis. Connue pour ses travaux sur les faux souvenirs, elle a donné un entretien au média britannique LADbible, à destination des jeunes générations, dans lequel elle affirme qu'identifier un narcissique ne nécessite ni dizaines de tests ni longs entretiens. Citant des travaux que les scientifiques nomment "l'échelle du narcissisme à un seul item" (Single Item Narcissism Scale ou SINS) elle assure qu'une seule question donnerait des résultats aussi fiables que des dizaines d'affirmations.

Cette question est simple : "Es-tu un narcissique ?". Selon Julia Shaw, les narcissiques ne cachent pas leur nature, ils en tirent fierté. "Si tu demandais à un narcissique 'es-tu un narcissique ?', la réponse serait probablement : 'Oui, mais je suis meilleur que la plupart des autres…'", a-t-elle expliqué. Un sentiment de supériorité qui trahit tout. "C'est une croyance exagérée en sa propre valeur. Une estime de soi réaliste est saine. Mais le narcissisme, c'est la conviction d'être plus grandiose qu'on ne l'est réellement", précise-t-elle.