Une canette par-ci, un verre par-là... Les sodas accompagnent nos repas et nos pauses depuis des décennies. Si leur teneur excessive en sucre est régulièrement dénoncée - certaines canettes contiennent l'équivalent de sept ou dix morceaux de sucre - d'autres composants moins visibles inquiètent les professionnels de santé. Parmi eux, un additif discret qui se cache derrière le code E338 sur les étiquettes.

Ce dernier correspond à l'acide phosphorique, un élément acidifiant qui sert à stabiliser le pH des boissons. En pratique, il s'agit d'allonger la date limite de consommation, mais cet additif soulève bien des questions sur ces produits consommés quotidiennement par des millions de personnes.

Elien Mahieu, néphrologue et chef de service au centre hospitalier de Ronse, en Belgique (photo), a récemment marqué les esprits dans la presse du plat pays avec une chronique dans le magazine Humo. "Le cola est une véritable bombe de phosphore. Vos reins auront beaucoup de mal à le traiter", explique la spécialiste qui estime que les "sirops phosphoriques" des colas sollicitent intensément les filtres rénaux pour être éliminés.

Or les quantités d'acide phosphorique utilisées dans les colas sont souvent masquées derrière le fameux secret de fabrication. Coca-Cola, plusieurs fois interrogé sur les dosages exacts, maintient le mystère alors que l'Agence européenne de sécurité alimentaire a fixé une dose journalière admissible de 40 mg par kg de poids corporel.

Sans connaître les teneurs exactes, impossible pour les consommateurs de savoir s'ils dépassent ce seuil. Pourtant, quand les filtres rénaux sont surchargés, le phosphore s'accumule dans le sang et peut se déposer dans les vaisseaux sanguins sous forme de calcifications, augmentant le risque de maladies cardiovasculaires. Des dentistes ont aussi pu alerter sur les effets visibles de l'acide phosphorique sur les dents, rapportant une déminéralisation sur la face externe des dents chez les grands buveurs.

Les os pâtissent aussi de cette consommation. Plusieurs études ont révélé des risques de fracture accrus, parfois multipliés par trois chez les consommateurs réguliers de boissons gazeuses. Les scientifiques suspectent l'acide phosphorique d'interférer avec le métabolisme du calcium. Une consommation élevée réduirait la masse osseuse, et pourrait augmenter le risque d'ostéoporose à long terme.

Il faut dire que l'acide phosphorique est un corrosif utilisé dans d'autres domaines moins appétissants comme les engrais, les détergents, ou les produits anti-rouille. Le cola est d'ailleurs souvent cité par les bricoleurs comme un excellent décapant. Il y a quelques années, Anne Cazor, une ingénieure agronome, avait aussi mené une expérience édifiante pour Le Parisien : immerger un steak une nuit entière dans du Coca-Cola. Le résultat : l'acide avait "bien joué son rôle", puisque l'intérieur de la tranche était cru tandis que l'extérieur avait blanchi et semblait cuit.