Un petit organe peu connu pourrait jouer un rôle bien plus important pour notre santé qu'on ne le pensait. Son nom : le thymus. Cette petite glande est située dans la partie supérieure du thorax, juste derrière le sternum.
Il est particulièrement actif pendant l'enfance et l'adolescence, où nos lymphocytes T, des cellules du système immunitaire, y "apprennent" à reconnaitre et combattre des cellules anormales comme les virus et les cellules cancéreuses. Puis, avec l'âge, son volume diminue progressivement. Pendant longtemps, cette évolution a conduit à penser qu'il devenait inutile chez l'adulte. Mais de récentes recherches remettent en cause cette hypothèse de longue date.
Parmi elles, une étude publiée en 2023 dans le New England Journal of Medicine et menée auprès de près de 1 200 personnes, a conclu que les patients dont le thymus a été retiré avaient plus de risque de développer un cancer et de mourir que les personnes qui avaient reçu une chirurgie similaire sans ablation de leur thymus. Cet organe est parfois enlevé en cas de maladie rare ou - dans le cas de cette étude - lors d'une opération thoracique pour donner un meilleur accès chirurgical. Cinq ans après l'opération, la mortalité était trois fois plus élevée chez ceux à qui on avait retiré le thymus, et le risque de cancer était doublé.
Une récente étude, publiée en août 2026 dans Annals of Oncology, s'est intéressée à un autre sujet, jusqu'alors méconnu : que se passe-t-il lorsque le thymus est exposé aux rayonnements lors d'une radiothérapie contre un cancer du poumon ? Les chercheurs ont analysé les données de 1 107 patients atteints d'un cancer du poumon, puis ont utilisé l'intelligence artificielle pour évaluer l'état du thymus à partir des scanners et ont estimé la dose de radiothérapie reçue par l'organe.
Cette recherche a montré que plus la dose de rayonnement reçue par le thymus était élevée, plus le risque de métastases était important. Les chercheurs ont également observé qu'un an après le traitement, les patients ayant reçu les doses les plus importantes avaient un thymus en moins bon état et moins de lymphocytes. Pour les auteurs, ces résultats sont compatibles avec l'hypothèse selon laquelle l'irradiation du thymus pourrait perturber la production de nouvelles cellules T et donc les capacités de défense immunitaire de l'organisme.
Ces études, si elles ne sont qu'observationnelles, pourraient changer la façon dont le thymus est considéré et la prise en charge des patients. "Cet organe pourrait être bien plus important que nous ne le pensions auparavant", estime le Pr Hugo Aerts, un des auteurs de la deuxième étude. Pour lui et ses collègues, "ces résultats soulignent la nécessité de considérer le thymus comme un organe d'intérêt dans le cadre de la radiothérapie et suggèrent que les stratégies visant à épargner le thymus pourraient contribuer à préserver la santé immunitaire et à améliorer les résultats cliniques des patients".