Le tout premier sous-marin français à avoir franchi le cercle polaire arctique se cache à Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique. Amarré dans une écluse fortifiée, l'Espadon est le seul sous-marin de France conservé directement sur l'eau. Avec ses bruits de sonars, ses couloirs très étroits et ses histoires de missions secrètes, la visite plonge immédiatement dans le quotidien de ses 65 sous-mariniers.
Mis en service en 1960, avant l'arrivée du premier sous-marin nucléaire français dix ans plus tard, ce sous-marin de 77 mètres de long, avant-dernier représentant de la classe des Narval, a passé 2 561 jours en mer (l'équivalent de 17 fois le tour de la Terre). Il devait être envoyé à la casse en 1985, mais la Ville de Saint-Nazaire l'a sauvé en le rachetant à la Marine nationale pour 1 franc symbolique le 13 décembre de la même année.
En visitant l'intérieur du sous-marin, on s'imagine sans peine la vie de l'équipage dans ces espaces extrêmement restreints où l'intimité était impossible. De la coursive principale au poste d'écoute et à la salle des torpilles, chaque centimètre carré était optimisé. Avec une vingtaine de lits seulement pour 65 hommes, les marins appliquaient la technique des "bannettes chaudes" en effectuant les trois-huit : dès qu'un marin se levait pour son quart, un autre prenait immédiatement sa place dans des draps encore chauds. Enfermé sous des centaines de mètres d'eau sans fenêtre, l'équipage perdait la notion du temps. Seul un éclairage passant au rouge la nuit leur permettait de garder le rythme biologique.
Durant la visite de l'Espadon, on découvre aussi des anecdotes surprenantes, comme l'unique douche à bord d'un mètre carré, fonctionnant à l'eau de mer froide, qui servait surtout de placard pour stocker le matériel de cinéma. L'air était chargé d'odeurs de gazole, de cuisine et de transpiration. Si le cerveau des marins finissait par s'y habituer, le vrai choc olfactif survenait au retour au port, l'odeur de gazole des moteurs imprégnant durablement leurs vêtements et leur peau. Le seul vrai plaisir à bord restait la nourriture : le budget repas était le plus élevé de toute l'armée et on y mangeait très bien.
Alors que la Marine Nationale fête ses 400 ans cette année, cette immersion d'environ 45 minutes, ponctuée par une quinzaine d'installations sonores interactives, s'adresse à tous et propose deux parcours audioguidés distincts sur la mission polaire de 1964 : le parcours adulte en suivant le journaliste Marc pour explorer le quotidien de la guerre froide et la dure réalité de la vie à bord ou le parcours junior aux côtés de Jean le "bidou", le plus jeune membre de l'équipage, une version ludique rythmée par des bruits concrets (ronflements, cuisine, sonar). Pour aller plus loin, des visites commentées spéciales sont aussi proposées. La prochaine est une visite théâtralisée sur le thème "J'ai vécu et respiré sous-marin" qui se tient le mardi 27 octobre à 17h30 et 18h30. Pensez à réserver votre créneau !